Les campagnes

Depuis 2019, le CFSI anime en France la campagne « N’exportons pas nos problèmes », une initiative d’ONG belges et françaises née en soutien à une campagne ouest-africaine « Mon lait est local ». Portée par des organisations d’éleveurs laitiers et de transformateurs de lait local du Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Tchad, elle demande des politiques ambitieuses de soutien au secteur pour lutter contre la pauvreté en milieu rural.

Importance du soutien à la filière lait local pour lutter contre la pauvreté en Afrique de l’Ouest

Le CFSI soutient directement la filière lait local en Afrique de l’Ouest via le programme qu’elle porte avec la Fondation de France depuis 2009 « Promotion de l’agriculture familiale en Afrique de l’Ouest » (Pafao). De nombreux partenaires participent par ailleurs à la campagne ouest-africaine « Mon lait est local ».

En Afrique de l’Ouest, la production laitière contribue aux revenus de plus de 40 millions d’éleveurs, ces derniers appartenant aux catégories les plus pauvres de la population. Les pays sahéliens ont des cheptels bovins très importants et les actions des organisations d’éleveurs ont montré le fort potentiel de développement de la filière en dépit des contraintes. Le lait est en effet difficile à commercialiser pour différentes raisons : soucis de conservation (climat, faible électrification, manque d’équipements adéquats), saisonnalité de la production, déconnexion des lieux de traite et de consommation, etc. Surmonter ces difficultés est primordial pour la création de revenus, le maintien de populations en zone pastorale et l'indépendance alimentaire de la région.

Beaucoup de problèmes pourraient être résolus si les Etats ouest-africains adoptaient des politiques agricoles et commerciales qui soutiennent et protègent la filière lait local. Grâce à la mobilisation des 3 organisations paysannes ouest-africaines partenaires du CFSI, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a lancé une « offensive lait ». Mais ces efforts ne produiront leurs effets que s’ils ne sont pas entravés par la concurrence déloyale des produits importés, principalement d’Europe.

Une concurrence extérieure de plus en plus forte

En effet, les importations de poudre de lait représentent une autre forte contrainte. Classé comme produit de première nécessité, la poudre de lait est peu taxée à son entrée sur le marché ouest-africain (5 %). Plus de la moitié des importations proviennent d’Europe, sont vendues en dessous des coûts de production grâce aux subventions et sont de plus en plus constituées de poudre réengraissée à l’huile végétale. En Europe, les éleveurs laitiers sont incités à produire de gros volumes avec en toile de fond l’idée d’une forte croissance de la demande sur le marché mondial à satisfaire. Ce système ne profite pas aux producteurs européens : 4 fermes laitières sur 5 ont disparu en 30 ans.

Depuis 2018, la campagne ouest-africaine « Mon lait local » lancée par les organisations d’éleveurs laitiers et de transformateurs de lait local, mobilise largement citoyens, personnalités et décideurs politiques. En Belgique et en France, la campagne « N’exportons pas nos problèmes » lui fait écho en dénonçant les conséquences néfastes de la surproduction de lait de l’UE tant pour les éleveurs européens que pour les éleveurs ouest-africains. Pour y mettre un terme, Oxfam, SOS Faim Belgique, VSF et le collectif N’exportons pas nos problèmes – France coordonné par le  CFSI agissent auprès des pouvoirs publics et, en France, de l’interprofession laitière. Les deux demandes majeures sont l’arrêt des exports de lait réengraisssé et l’achat de lait local par les groupes laitiers qui investissent en Afrique de l’Ouest.

Le rôle clef de l’Union européenne

Le marché ouest-africain représente pour le moment 11 % des exports de poudre écrémée de l’UE, 35 % pour la poudre réengraissée à l’huile végétale, et la croissance est forte. Danone table par exemple sur une croissance annuelle de ses ventes en Afrique de l’Ouest de 20 %.

Vue d'Afrique de l'Ouest, la plus grande part des imports provient des Pays-Bas, de Pologne, de Belgique, de France (2018 – Eurostat). L’Afrique de l’Ouest importe également, en moindre quantité, de la poudre de lait d’Argentine et de Nouvelle-Zélande. Et sur le marché en plein boom du lait réengraissé avec de l’huile végétale, 66 % des stocks qui arrivent en Afrique de l'Ouest proviennent de l'UE.

Mise à jour avril 2020 : La pandémie de Covid-19 provoque un effondrement des ventes de lait qui menace les producteurs laitiers européens. Des stocks de poudre devraient être constitués par l’Union européenne puis écoulés à bas prix sur le marché international. Un accroissement du problème pour la filière lait local ouest-africaine, si nous continuons à « exporter nos problèmes ».

Tous les liens utiles :

Articles pour une entrée en matière:

- Exportations : l'Europe fait son beurre !  CFSI/Fondation de France, 2018

- Soutenir la filière lait local en Afrique de l'Ouest pour combattre la pauvreté, CFSI, 2018

- Les producteurs européens de lait dans la tourmente, Alternatives économiques, 2016

- Le lait, valeur montante au Sénégal, Alternatives économiques, 2013

Etudes :

- Renforcer la filière locale et équitable de produits laitiers en Afrique de l'Ouest nécessite de revoir les politiques européennes, SOS Faim, VSF, Oxfam, 2019

- La planète laitière et la place de l'Afrique de l'Ouest, Inrae, 2019

- La filière du lait local en Afrique de l'Ouest : un filière prometteuse, Coalition belge contre la faim, 2019

- Pour une alliance renouvelée entre industriels et éleveurs laitiers, Cirad, 2018

- Politique commerciale, politiques fiscales et filières lait en Afrique de l'Ouest, Gret, 2019

- Quelles politiques commerciales pour la promotion du lait local en Afrique de l'Ouest ? CFSI/Gret, 2018

- Le commerce de "lait en poudre réengraissé" : situation et enjeux pour les échanges Europe - Afrique de l'Ouest, Cirad, 2018

- Transitions vers des systèmes autonomes et économes en intrants avec élevage de bovins : freins, motivations, apprentissages, Inra, Réseau Civam, 2016

- La grande arnaque du lait, Grain, 2011

Films :

- Spot de la campagne "N'exportons pas nos problèmes", 2 minutes, 2019

- Comment l'Europe vend du faux lait en Afrique, 7 minutes, 2019

- La planète lait, 90 minutes, 2017

- Marguerite ou les impacts de la filière lait française, 9 minutes, 2014

 

Autres outils :

- Fiche thématique ALIMENTERRE "Elevage, viande, lait", 2018

- Animation sur les impacts de la filière lait française, 2016

- Séquence d'animation "Jagros, sur les sentiers du lait", 2013

- Jeu de rôle interdépendances lait (campagne 2006 L'Europe est vache avec l'Afrique)