La planète laitière et la place de l'Afrique de l'Ouest

Étude/Synthèse/Article
Thématiques : Transformation et filière

Face à la hausse de la demande, de nombreux pays ont des difficultés à produire suffisamment pour le marché national. Un pays déficitaire en produits laitiers doit-il s’approvisionner à bas coût sur le marché mondial ou favoriser le développement de ses filières locales de production ? L’économiste Vincent Chatellier de l’Inrae rappelle les voies prises par différents pays et en particulier les pays ouest-africains qui auraient intérêt à essayer une stratégie intermédiaire pour préserver à la fois  éleveurs et consommateurs.

Développer la filière laitière domestique

Les arguments en faveur du libre-échange ne prennent pas en compte les distorsions de concurrence liées aux subventions ou disparités sur les normes de qualité, ni les enjeux territoriaux, sociaux et environnementaux liées au développement de telle ou telle production. Ce sont ces arguments qui ont conduit de nombreux « grands pays laitiers » à mettre en place des protections tarifaires. L’Union européenne, le Maroc et le Kenya à protéger leur marché grâce à des barrières douanières de plus de 60 %.

S’approvisionner à bas coût sur le marché mondial

En faisant le choix de ne taxer que très faiblement la poudre de lait importée, les pays ouest-africains ont fait le choix d’offrir aux consommateurs des biens alimentaires à bas prix, disponibles toute l’année et en tout lieu (pas de problème de chaîne de froid). Ce choix a en revanche l’inconvénient d’être déstructurant pour la filière laitière locale.  Ainsi au-delà de la question du coût des approvisionnements alimentaires à un moment donné, la déstabilisation de la filière locale a des implications multiples à plus ou moins long terme : perte d’emplois, moindre valorisation des écosystèmes, dépendance alimentaire.

Stratégie intermédiaire

L’adoption rapide d’une taxation très élevé aurait de graves répercussions pour les consommateurs d’Afrique de l’Ouest. La stratégie à privilégier est donc sans doute une stratégie intermédiaire d’approvisionnement sur le marché mondial dans des conditions permettant le développement de la filière locale. La stratégie de quelques pays européens consistant à vendre des mélanges de lait écrémé et de matière grasse végétale à très bas prix est discutable tant au plan environnemental (utilisation d’huile de palme) qu’économique (valorisation des excédents accumulés en période de sortie des quotas laitiers). Les multinationales laitières présentes en Afrique de l’Ouest ont une grande responsabilité pour la stabilité socio-économique des pays.