Pour alimenter les populations : laissons faire l'agriculture familiale !

Étude/Synthèse/Article
Langue(s) : Français
Thématiques : Agriculture durable, Politiques agricoles

Peser sur les politiques agricoles et les réglementations pour un environnement plus favorable à l’agriculture familiale dans le cadre de sa transformation pour un développement harmonieux, équitable et durable, telle est la mission du Réseau des organisations paysannes et de producteurs d’Afrique de l’Ouest (Roppa). Entretien avec Nadjirou Sall, son secrétaire général.

Face à l’accélération alarmante de la dégradation des écosystèmes et du réchauffement climatique, l’agroécologie s’impose. Quelle est la position du Roppa ? Fait-il entendre sa voix?

L’exploitation familiale est durable par essence. Chaque famille paysanne fait, en quelque sorte, de l’agroécologie: elle cherche à conserver le potentiel productif des terres et à le transmettre aux générations suivantes. Le Roppa se mobilise pour la durabilité, la résilience, la préservation des ressources naturelles, la production d’aliments sains. La voix des mouvements paysans commence à se faire entendre à la Cedeao: l’Agence régionale pour l’agriculture et l’alimentation (Araa) a lancé un appel à projets en 2018 pour financer la transition agroécologique. Les instances internationales aussi s’inscrivent dans cette tendance: le comité de l’agriculture, un des organes directeurs de la FAO, a accepté la recommandation de faire de l’agroécologie un axe essentiel et transversal de son action.

L’Uemoa reconnaît à tout produit fabriqué à l’intérieur de la communauté le droit de bénéficier du caractère de produit d’origine communautaire, quels que soient la provenance de la matière première et le type d’entreprise. Que défend le Roppa  pour les produits locaux issus de l’agriculture familiale?

L’engouement des Ouest-africains pour les produits locaux transformés a bondi ces dix dernières années. Il est aujourd’hui bien plus facile qu’avant de trouver, même en ville, du granulé de mil, du jus de bissap, de l’attiéké, du fonio… Les progrès considérables quant à la qualité, à l’ingénierie de transformation, à la certification collective, au marketing, doivent beaucoup à la mobilisation des exploitations familiales et des femmes rurales. Le Roppa accompagne ce processus, se bat pour la création du marché régional de la Cedeao et pour une réglementation qui favorise le consommer local. La libre circulation au sein des pays d’Afrique de l’Ouest est l’une des conditions de la valorisation des produits locaux. Une cartographie des expériences d’accès aux marchés domestiques — réussites à transformer en propositions et échecs à éviter — est en cours et servira d’argumentaire au plaidoyer. Les défis restent importants mais, audelà de la réglementation régionale, ce sont aussi les initiatives nationales qui dessinent une tendance encore inimaginable il y a peu. Au Burkina Faso, une circulaire du Premier ministre encourage les services publics, notamment les maisons à grande consommation (armée, hôpitaux…), à s’approvisionner en produits nationaux. Au Bénin, le Chef de l’État a proposé d’enlever les taxes sur les importations des produits agricoles et agroalimentaires venant des pays d’Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, le gouvernement a adopté des mesures de contingentement en vue de créer la préférence nationale pour la pomme de terre, le riz, l’huile d’arachide, la carotte, l’oignon…

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Cet article est extrait de la publication Les batailles du consommer local en Afrique de l'Ouest