Huile d’arachide : le défi de la qualité sanitaire

Expertise de terrain
Langue(s) : Français
Filières : Huiles
Pays : Sénégal

L’Union des groupements paysans de Méckhé (UGPM) et l’ONG française Frères des hommes (FdH) soutiennent les producteurs et les transformatrices afin de développer une filière locale d’huile d’arachide. Mathieu Eyquard suit ce projet prometteur, mais qui bute sur le manque de reconnaissance des pouvoirs publics sénégalais des produits de l’agriculture familiale.

Pourquoi se tourner vers la filière huile d’arachide ?

L’huile d’arachide est très largement consommée dans les zones rurales sénégalaises. Or, l’huile d’arachide est de plus en plus remplacée sur les marchés urbains par des huiles de tournesol ou de soja, importées. Les transformatrices font notamment face à un défi sanitaire. La transformation de la graine d’arachide en huile est technique. Si le processus n’est pas maîtrisé, l’aflatoxine, petit champignon qui se développe au sein de la graine, rend l’huile cancérigène. Améliorer la qualité de l’huile locale est donc autant un défi commercial que de santé publique. 

L’huile produite par les transformatrices est-elle désormais de bonne qualité ?

Depuis 3 ans, l’Institut technique agricole forme les femmes à des techniques pour améliorer la qualité. Elles sont sensibilisées à l’importance du tri des graines d’arachide et aux mesures d’hygiènes. Au moins une fois par mois, 5 animateurs de l’UGPM se rendent dans les villages pour s’assurer de l’application des bonnes pratiques. Ce suivi reste nécessaire car tous les ans, de nouvelles transformatrices bénéficient de formations. 

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

La transformation est une vraie réussite et l'amélioration de la qualité est même visible à l'œil nu. Mais la commercialisation est beaucoup plus compliquée. Au Sénégal, il faut obtenir une autorisation de commercialisation, appelée autorisation FRA, pour commercialiser en toute légalité un produit. Cette autorisation est délivrée par le ministère du Commerce. A l’heure actuelle, malgré la qualité attestée par des tests en laboratoire, l’UGPM n’arrive pas à obtenir cette autorisation, ce qui l’empêche d’investir les circuits de commercialisation des grands centres urbains.

Quelle stratégie commerciale avez-vous adoptée ? 

Face à ces difficultés inattendues, nous avons fait le choix de réorienter la commercialisation vers des marchés locaux et des villes moyennes. Dans l’état actuel des négociations avec le ministère, le commerce de l’huile locale sur les marchés urbains est impossible. De nombreuses activités ont du être réorientées ou abandonnées. 

Propos recueillis en mai 2015 par Camille Bureau (CFSI) et édités en juin 2015. Photos © FdH

 

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