Ancrer les femmes dans les activités rémunératrices

Étude/Synthèse/Article
Langue(s) : Français
Thématiques : Genre

Les femmes, paysannes ou transformatrices, sont les actrices incontournables des systèmes alimentaires ouest-africains. Mais lorsqu’une activité devient rentable, le risque existe que les femmes en soient évincées.

« Le lait, c’est l’affaire des femmes », dit-on au Sénégal. « C’est leur pouvoir », selon une expression au Niger. Et pourtant, lorsque sa production devient plus rentable, ou qu’elle change d’échelle et devient moins pénible, des femmes ont pu s’en voir dépossédées. Afin de mieux prendre en compte la question du genre au sein des projets de développement, les organisations comprennent que l’accompagnement sur cette question est primordial. En témoigne cet exemple au Niger, relevé par l’Iram dans deux sites d’intervention : dans le bassin de Hamdallaye, bassin historique de collecte de lait de l’usine Solani, de nombreuses femmes ont été écartées de la filière il y a près de trente ans et ont perdu des revenus (en partie accaparés par les hommes, le plus souvent leurs maris). Mais à quelques kilomètres de là, dans le bassin de Kollo, c’est l’inverse qui s’est produit. Les femmes ont réussi à conserver leurs revenus et leur place dans la filière, grâce notamment à l’attention particulière portée sur le sujet : s’assurer que seule la traite du matin soit destinée au centre de collecte, faciliter l’accès de l’aliment bétail aux femmes, développer des activités génératrices de revenus, etc. L’Iram explique que la structuration des filières doit prendre en compte la répartition des revenus entre femmes et hommes, d'autant plus que les dépenses prises en charge par les femmes et les hommes pour la famille ne sont souvent pas les mêmes. L’Iram plaide également pour une meilleure reconnaissance du travail des femmes et une organisation interne leur permettant d’avoir un pouvoir de décision plus important sur les revenus issus de la vente de leurs produits.

Dans d’autres filières agroalimentaires, l’éviction des femmes a été observée suite à l’introduction d’équipements ou de procédés qui ont réduit le temps de travail et/ ou amélioré les rendements et les marges, notent le Gret et la Maison guinéenne de l’entrepreneur (MGE). Les hommes, absents du secteur de la transformation, s’y sont alors intéressés. D’autres exemples relevés par le Gret concernant la transformation des céréales ou le fumage du poisson au Sénégal montrent que les hommes ont pu acquérir des équipements et des crédits pour développer leurs activités commerciales plus facilement que les femmes – à l’image d’un four Chorkhor pour fumer le poisson.

Les pistes pour agir et sensibiliser

La sensibilisation est un volet central pour faire évoluer les rapports de genre. La brochure de l’Apess évoquée dans l'article précédent (« 10 réalités sur les inégalités entre hommes et femmes dans le monde agricole ») montre que les inégalités tirent l’exploitation familiale vers le bas et qu'il est essentiel de convaincre les éleveurs d'œuvrer pour une meilleure prise en compte du genre. Si les évaluations d’activité des exploitations sont utiles pour suivre mois par mois les bénéfices des différents maillons des filières, les agriculteurs ne voient pas toujours l’intérêt de tenir ce type de comptabilité, alors que ces aspects sont particulièrement intéressants pour les femmes qui pratiquent souvent des activités très concurrentielles avec de faibles marges. 

[...]

Voir l'article complet

© Iram

Dans le bassin de Kollo (périphérie de Niamey), les femmes ont réussi à conserver leur place dans la filière lait ainsi que leurs revenus. © Iram

Cet article est extrait de la publication L'espoir au-delà des crises, solutions ouest-africaines pour des systèmes alimentaires durables, 3ème tome d'une série d'ouvrages collectifs édités par le programme Pafao. 

Publications Pafao