Afrique : "Pour les femmes rurales, la terre, c'est la vie"

Étude/Synthèse/Article
Langue(s) : Français
Thématiques : Genre

(Syfia Grands Lacs) Les femmes d'Afrique sont rarement propriétaires de terres ou de forêts dont elles sont pourtant les principales utilisatrices pour nourrir leurs familles et leurs communautés. Un paradoxe qui pèse lourd dans le développement des pays et sur la protection des arbres assure Cécile Ndjebet, présidente du Réseau des femmes africaines pour la gestion communautaires des forêts (REFACOF) présent dans 14 pays.

Syfia Grands Lacs (SGL) : Pourquoi faire accéder les femmes à la propriété foncière est-ce aussi important ? Cécile Ndjebet : Dans la plupart de nos pays, le pourcentage de femmes est plus élevé en terme démographique. Elles sont aussi plus nombreuses dans l'agriculture et à utiliser des produits forestiers non ligneux tels que les fruits, l’huile, le miel, les produits de la pharmacopée etc. Priver la femme de tout ça, c’est priver le pays d’au moins la moitié de ses ressources. Et le pays qui prend cette option ne fait que s’enfoncer dans la misère, dans la pauvreté, dans les conflits et dans le sous-développement ! Exclure la femme, c’est exposer toute l’économie d’un pays. Et les expériences ont montré que les entreprises forestières communautaires féminines sont les plus durables et les mieux gérées. Elles doivent avoir leur place dans l’économie des pays. SGL : Quelles sont les conséquences du difficile accès des femmes à ces ressources ? C.N : Comment les femmes vont-elles continuer à produire pour nourrir la société et leurs familles si les terres sont des biens qui peuvent leur échapper à tout moment ? Cette insécurité de la tenure de ces capitaux que sont la terre et la forêt rend la femme vulnérable, sa famille et la société car elle nourrit tout le monde. Comme on dit l’eau c’est la vie, la terre aussi pour la femme rurale, c’est la vie, c’est ça sa raison d’être. Elles ne peuvent pas améliorer leurs productions agricoles de façon durable si elles sont exclues de ces ressources. L’expérience a montré que l’homme coupe l’arbre pour le vendre mais que la femme va le conserver pendant les décennies car elle en tire des fruits, des produits de beauté ou de pharmacopée. Ainsi l'exclure de la gestion des forêts renforce leur destruction.

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