Achats institutionnels : un défi stratégique pour l'agriculture ouest-africaine

Étude/Synthèse/Article
Langue(s) : Français
Thématiques : Faim et malnutrition, Politiques agricoles et alimentaires

Aide alimentaire d’urgence, stocks de sécurité nationaux, approvisionnement des cantines scolaires et des administrations… L’État est régulièrement amené à réaliser d’importantes commandes agricoles et alimentaires. Le marché public est un marché stratégique que les organisations de producteurs doivent conquérir.

« Dans nos pays, les discussions portent souvent sur la recherche de marchés pour écouler nos produits agricoles. Or, en dehors des marchés locaux, nos premiers marchés, ce sont nos propres institutions », assène Léopold Lokossou, président de la Plateforme nationale des organisations paysannes et de producteurs agricoles (Pnoppa), au Bénin. Partout dans le monde, les pouvoirs publics attribuent des contrats de fourniture alimentaire aux cafétérias, hôpitaux, prisons, écoles, universités et développent des programmes sociaux tels que les transferts en nature ou les restaurants sociaux. Selon l’OCDE, les pays riches dépensent en moyenne 12 % de leur PIB dans les marchés publics contre un peu moins dans les pays en développement. « Force est de constater que ces institutions s’approvisionnent encore beaucoup en produits importés », regrette le leader ouest-africain, dont l’organisation, à l’instar de nombreuses autres dans la sous-région, mène un plaidoyer pour la préférence aux produits agricoles locaux dans les achats institutionnels. Beaucoup reste à faire mais le tableau n’est pas totalement noir. Les gouvernements ouest-africains et les organisations internationales ont pris conscience de la nécessité de privilégier les produits locaux dans les achats publics. Depuis 2003, le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique du Nepad inclut un volet soutenant l’alimentation scolaire à base de produits locaux. Son objectif : fournir une alimentation adéquate à quelque 50 millions d’écoliers africains, tout en stimulant plus largement la production alimentaire locale. De 2008 à 2013, le Programme alimentaire mondial (Pam) a expérimenté dans 21 pays l’initiative « Achats au service du progrès » (Purchase for progress, P4P), qu’il cherche aujourd’hui à généraliser . Quant aux chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao, ils ont voté en février 2013 la création d’une réserve régionale de sécurité alimentaire, complémentaire des stocks de proximité et des stocks nationaux de sécurité alimentaire et principalement composée de produits locaux.

Un décalage entre ambitions et moyens

Les organisations de producteurs ouest-africaines ne manquent pas de s’inscrire dans ces initiatives. Le Cadre régional de concertation des ruraux (CRCR) de Dakar, en partenariat avec le Grdr, a développé un projet d’approvisionnement des cantines scolaires par des circuits courts, baptisé Sadmad. « Au Sénégal, une politique d’alimentation scolaire promeut les produits locaux, mais elle peine à être mise en application, souligne Dominique Laure, chargée de projets au Grdr à Dakar. En 2015, la Division des cantines scolaires (DCAS), rattachée au ministère de l’Éducation, a mobilisé pour la première fois un budget pour des cantines scolaires à Dakar. Il n’a servi qu’à l’achat de produits importés (corned beef, petits pois, lentilles en boîtes, etc.) ! » L’année suivante, la DCAS réussit à mobiliser un budget plus important qui permet d’acheter quelques produits locaux (mil, maïs, niébé). « Ce que propose le Pam ne suffit pas, complète Mamadou Niokane, son collègue. Malheureusement, on continue d’approvisionner ces cantines en produits importés. »

[...] Voir l'article entier ainsi que l'interview de Gianluca Ferrara du Pam et de Tahirou Traoré du Gret

Cet article est extrait de la publication Les batailles du consommer local en Afrique de l'Ouest