Rwanda : bilan mitigé pour la révolution verte

Étude/Synthèse/Article
Langue(s) : Français
Thématiques : Politiques agricoles

(Syfia Grands Lacs) La réforme agricole de 2007 au Rwanda a permis d'augmenter fortement la production globale du pays mais tous les agriculteurs ne s'y retrouvent pas. Les uns n'arrivent pas à vendre leurs récoltes, d'autres ont aujourd'hui une alimentation déséquilibrée.

Photo : Cultures en terrasses, Rwanda © Jean Delacroix Tabaro

[Extraits] Depuis que le gouvernement rwandais a lancé en 2007 une nouvelle politique agricole, certaines récoltes devenues très abondantes ne se vendent pas ou mal. La nouvelle politique a, en effet, régionalisé les cultures et consolidé les terres afin de cultiver une seule plante sur de grandes étendues. L'objectif, selon le gouvernement, est ″d’augmenter la production et de faire passer les paysans d’une agriculture de subsistance à une plus commerciale".

Agriculture intensive

Pour atteindre ces objectifs, chaque province doit cultiver ce qui a été décidé par le ministère de l’Agriculture en fonction des spécificités des sols et du climat. Les paysans doivent aussi se réunir en coopératives où ils cultivent ensemble et ont ainsi droit aux semences sélectionnées et intrants subventionnés (ils ne payent que la moitié du prix). "Durant les trois dernières années, grâce au quasi triplement des récoltes de maïs, de blé, et de manioc, la production agricole nationale a augmenté d’environ 14% par an, et les problèmes de disettes ne se remarquent plus", se félicite aujourd'hui Agnès Kalibata, Ministre de l’Agriculture.

Déséquilibres alimentaires Mais certaines de ces productions, comme le maïs et le blé peu consommés, traînent dans les greniers sans être payées au grand mécontentement des paysans. Les déséquilibres alimentaires s'accentuent dans certaines régions. "Dans tous les ménages de ce secteur, on ne mange que la pomme de terre. Pour acheter des haricots ou des légumes, il faut faire des kilomètres. Alors qu’avant chacun en avait dans sa parcelle", déplore un habitant du district de Musanze. Et ces denrées qui viennent de loin coûtent souvent cher. "On remarque une élévation des prix pour les produits dont la culture n’est plus permise localement et qui sont importés d’ailleurs", constate Jean-Pierre Mpakaniye du syndicat Imbaraga, une fédération des agriculteurs et éleveurs du Rwanda.

Si l'objectif d'augmenter la production globale est atteint, cette révolution verte pèse souvent sur l'alimentation des familles paysannes et le revenu des agriculteurs qui ne souhaitent qu'une chose : qu'à défaut de pouvoir manger leurs récoltes, le prix de vente de celles-ci couvre leur travail et leurs dépenses.