L’appât du grain. L’agrobusiness - Quels enjeux pour l’agriculture paysanne ?

Étude/Synthèse/Article
Langue(s) : Français
Thématiques : Faim et malnutrition, Agrobusiness

Ce document d''analyse politique de l’ONG belge Entraide et Fraternité aborde la question de l’implication croissante des acteurs de l’agrobusiness dans la définition et la mise en place de projets de développement à travers l’exemple de la révolution verte africaine. L'agrobusiness se lance aujourd'hui à la conquête des marchés échappant à sa domination et devient subitement "acteur de développement", on parle ainsi de "philantro-capitalisme"."Business as usual, basta !" disent les auteurs.

Mandat onusien et autres soutiens

Le cas de la révolution verte africaine est particulièrement frappant. Depuis les années 2000, l'ONU montent des partenariats avec les multinationales de l'agroalimentaire. Selon Michel Rogalski, économiste et directeur de la revue Recherches internationales, les bénéfices sont partagés : "les multinationales pourront se prévaloir d'un "label ONU" et l'argent rentrera dans les caisses de l'institution internationale". Les villages du millénaire sont une expérience de partenariats publics/privés menée dans 10 pays africains avec des entreprises comme Agrium Inc. (entreprise canadienne d'engrais chimiques), Cargill (1ère entreprise agroalimentaire au monde), Monsanto. Sur le volet agricole, il est bien sûr question de subventions d'engrais et de fournitures de semences. Plus étonnant, Unilever, géant de la distribution a lancé dans ce cadre des villages du millénaire un projet au Malawi où les femmes des villages concernés achètent les produits Unilever à des prix "préférentiels" pour les revendre aux membres de leur communauté en faisant du porte à porte ! La révolution verte est aussi soutenue par les Etats africains (plus de 40 Etats s'engagent en 2006 à multiplier par 6 la quantité d'engrais utilisés d'ici à 2015 par exemple).

Les causes de la faim sont occultées

La plupart des initiatives de cette révolution verte reposent sur l'idée selon laquelle serait un problème d'ordre technique et financier. La faim est un problème politique avant tout, entretenu par la dérégulation commerciale et financière. Ce qui fait dire aux auteurs qu'  "il est étrange que ce qui constitue la cause même du problème auquel on s'attaque s'affiche comme la solution".

Exemple de l'impact de l'agrobusiness au Guatemala

Au Guatemala, les sociétés d'agrobusiness, particulièrement celles responsables des monocultures d'exportation, encouragent la migration des hommes vers des exploitations situées dans les zones rurales éloignées de leurs communautés de base. Cette nouvelle dynamique ne permet pas aux familles d'améliorer leurs revenus car les salaires sont très bas. Autre impact pour les communautés des zones de production à l'exportation : les familles sont déplacées sur des terres moins fertiles et l'agriculture d'autosubsistance nécessite plus de travail. Ce sont les femmes restées auprès des familles qui assument ce surcroît de travail.

Préfacé par José Bové et Marc Dufumier, le document est le fruit d’une collaboration de militants du Nord et du Sud.

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