Les producteurs de lait dans la tourmente

Étude/Synthèse/Article
Langue(s) : Français
Thématiques : Elevage, Politiques agricoles

En chute vertigineuse depuis deux ans, le prix du lait payé aux éleveurs européens ne couvre plus les coûts de production.

Depuis deux ans, les éleveurs européens assistent à la baisse des cours. En mai dernier, le prix du lait payé aux producteurs français variait entre 260 et 280 euros la tonne, contre 363 euros il y a encore deux ans. « Ces montants ne couvrent plus les coûts de production, qui se situent autour de 300 euros la tonne », explique André Pfimlin, économiste et auteur d’un ouvrage sur l’Europe laitière. Faible consolation pour les éleveurs hexagonaux : avec une chute de 14 % en un an, la France est dans la même situation que l’Espagne ou la Pologne. En Allemagne, en Irlande et au Royaume-Uni, les prix ont dévissé de 22 % à 25 %.

L’export en repli Comment en est-on arrivé là ? Les projections de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’OCDE faisant état d’une progression des besoins de 22 % pour la prochaine décennie, l’Union européenne avait décidé en 2008 de sortir  progressivement des quotas laitiers institués en 1984. Soucieuse de bénéficier d’une demande mondiale en hausse, elle a autorisé, à partir de 2009, les pays à dépasser de 1 % par an les plafonds réglementaires (les quotas), avant la suppression de cet outil de régulation de l’offre au 31 mars 2015. Les prix mondiaux étant alors orientés à la hausse, certains pays – Allemagne, Pays-Bas et Irlande en tête – ont anticipé la sortie des quotas. En 2015, la production européenne a ainsi bondi de 2,2 %. Cette hausse s’est traduite par la mise sur le marché de 3,3 millions de tonnes supplémentaires. Cela représente une deuxième augmentation conséquente des volumes, qui avaient déjà progressé de 6,6 millions de tonnes en 2014. La consommation européenne évoluant peu, ces volumes devaient être principalement écoulés à l’export.

Mais ni l’Union européenne ni ses producteurs n’avaient anticipé les évolutions des besoins de leurs principaux clients : les achats de la Chine, premier importateur mondial, au plus haut encore en 2014, n’ont depuis cessé de di inuer, car ce pays a augmenté sa propre production et largement reconstitué ses stocks. Par ailleurs, les effets de l’embargo instauré par la Russie sur les produits laitiers européens et le repli des livraisons vers l’Algérie, troisième  importateur mondial, ont aussi eu des conséquences : ces trois pays ont représenté 20 % des importations mondiales, contre 25 % un an plus tôt. Pas de quoi absorber la vague blanche qui a déferlé en Europe, entraînant les producteurs dans la tourmente. Pire encore : la fin des quotas laitiers a exacerbé la concurrence à l’intérieur du continent. Misant sur des coûts de production avantageux, l’Irlande qui pratique un élevage extensif avec des animaux essentiellement nourris à l’herbe, a ainsi continué à appuyer sur l’accélérateur, augmentant ses volumes de lait de 18 % ! [...]

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Article issu du numéro spécial d'Alternatives Economiques "Manger local ou manger mondial", réalisé en partenariat avec le CFSI, dans le cadre de la campagne ALIMENTERRE 2016.