Le lait du Ferlo déferle sur Dakar

Expertise de terrain
Langue(s) : Français
Filières : Produits laitiers
Pays : Sénégal

Docteur vétérinaire, Mamadou Cissé est le coordinateur au Sénégal de l’ONG italienne CISV. En partenariat avec l’Association pour le développement de Namarel (Adena), l’ONG intervient auprès des pasteurs du Ferlo, zone enclavée et semi désertique du Nord-Est du pays. 

Comment le lait du Ferlo est-il commercialisé ?

En saison sèche, il est généralement vendu localement et directement par les producteurs. Mais en pleine saison des pluies, les marchés locaux ne permettent pas d’écouler le lait. Plus de 90 % de la production de la minilaiterie de Namarel est vendue sur les marchés urbains, Dakar et les petites villes comme Dara situées le long de l’axe Ferlo-Dakar.

À Dakar, nous avons des relais commerciaux chargés d’identifier des points de vente et de prendre les commandes. L’Adena dispose d’un véhicule réfrigéré pour acheminer la production de la minilaiterie vers ces relais. Ils font face à une clientèle très exigeante qui prise le lait du Ferlo pour son goût particulier lié à l’alimentation des animaux de la zone. 

 

Pour vendre sur les marchés urbains, l’Adena a-t-elle dû obtenir une autorisation particulière ?

Oui, nous avons accompagné les dirigeants de l’Adena afin qu’ils se familiarisent avec la procédure. L’Adena a engagé les démarches auprès du ministère du Commerce et fourni les échantillons de produits, nécessaires pour obtenir l’autorisation FRA qui a été acquise sans difficulté. La filière lait local implique peu d’industriels et cela facilite certainement l’obtention d’une telle autorisation par des organisations paysannes.

Malheureusement, la minilaiterie de l’Adena produit des quantités trop modestes pour pouvoir répondre à la demande urbaine. En revanche, pendant la saison des pluies, la minilaiterie de Namarel est abondamment approvisionnée par le fort pic de production, avec le retour des animaux transhumants dans le Ferlo.

 

 

Comment faire face au déficit fourrager chronique ?

Les éleveurs peuhls du Ferlo pratiquent la transhumance avec leur cheptel, pour faire paître leurs animaux au Sud, où le tapis herbacé est plus dense. Le défi est d’avoir un stock minimal d’aliments sur place pour assurer le maintien d’un noyau fixe d’animaux et améliorer la sécurité alimentaire de la population.

La zone d’intervention de l’Adena est contiguë à la zone du fleuve. Les cultures fourragères sont pourtant loin d’être suffisantes. D’une part, les éleveurs du Ferlo ne travaillent traditionnellement pas la terre. D’autre part, l’État mène une politique offensive pour l’autosuffisance en riz et les terres à proximité de l’Adena sont consacrées à cette culture. 

Nous travaillons avec l’Adena et l’ONG française Acting For Life à la mise en place de magasins pour donner accès aux éleveurs à des aliments concentrés et à des minéraux le long des couloirs de transhumance. Nous voulons aussi aménager des zones de mis en défens et d’abreuvement (creusement de mares temporaires afin d’augmenter leur capacité de rétention d’eau).

Avec le temps, nous espérons que l’accès aux aliments minimise l’appréhension des éleveurs à rester dans le Ferlo toute l’année.

Menez-vous des actions de plaidoyer pour la défense de la filière lait local ?

Oui, les actions de plaidoyer sont nées du constat d’incompréhension entre les dirigeants politiques et les éleveurs. Influencés par le modèle agricole européen, l’État désire favoriser la sédentarisation des éleveurs et l’intensification de la production. Pour les éleveurs, sédentariser leur activité et intensifier la production laitière est perçu comme une manière de diminuer leur troupeau. Il s’agit d’apporter une vision nouvelle sur la vie des éleveurs. L’idée est d’ouvrir les yeux aux acteurs politiques et techniques qui agissent dans la filière de l’élevage.

Il est aussi essentiel pour nous d’échanger avec les autres acteurs afin de faire progresser la filière. Les zones de production laitière sont souvent similaires en Afrique de l’Ouest : enclavées et reculées. Comment faire pour que le lait soit collecté dans les bonnes conditions ? Le lait est un aliment précieux mais dangereux qui peut provoquer des désagréments sanitaires. Nous avons le devoir de produire un lait compétitif de bonne qualité.

 

Propos recueillis en mai 2015 par Camille Bureau (CFSI) et édités en juillet 2015. Photos © CISV

 

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