L'agroécologie par les géants de la chimie : entre paradoxe et révolte

En mars 2022, lors de la 10e édition du Forum pour le futur de l’agriculture (FFA), le géant de l’agrochimie et des semences Syngenta communiquait sur son prétendu engagement en faveur de la transition agroécologique sans convaincre qui que ce soit (voir le Podcast de Sos Faim Belgique). En mai, changement de ton : son directeur général affirmait que l’agriculture biologique était responsable de la faim.

Visuel "Syngenta kills" ci-contre © Le Réseau de Soutien à l'Agriculture Paysanne

Et si l’agriculture biologique créait la faim…

Les difficultés d’approvisionnements en denrées alimentaires provoquées par le conflit russo-ukrainien sont réelles, et régulièrement mentionnées par les multinationales de l’agrochimie (Syngenta, Monsanto) pour justifier la nécessité d’augmenter la productivité agricole afin de faire face aux besoins d’une population mondiale croissante. Le patron de Syngenta, Erik Fyrwald, a ainsi été jusqu’à affirmer lors d’un entretien à la NZZ am Sonntag le 9 mai 2022 que « des gens meurent de faim en Afrique, parce que nous mangeons de plus en plus de produits biologiques ». Que répondre à cette affirmation sans aucun fondement ?

Pour commencer, la recherche a montré que les cultures biologiques et agroécologiques peuvent avoir des rendements proches ou équivalents à ceux des cultures fortement consommatrices de produits chimiques (voir par exemple Diversification practices reduce organic to conventional yield gap, 2015). 

Les causes structurelles de la faim toujours ignorées

De plus, l’offre alimentaire ne se résume pas à un problème de niveau de production. Selon un rapport publié fin mars par la Fédération Européenne pour le Transport et l’Environnement (T&E), 10 000 tonnes de blé sont utilisées quotidiennement au sein de l’Union Européenne pour la production de biocarburant. Une autre part importante est à destination du bétail. C’est autant de blé qui n’est pas destiné à l’alimentation humaine. L’offre alimentaire dépend donc aussi de choix dans l’occupation des terres agricoles et d’une déterritorialisation de nos productions (voir par exemple le rapport Afterres 2050 – Un scénario soutenable pour l’agriculture et l’utilisation des terres en France à l’horizon 2050).

Enfin, et surtout, les crises alimentaires ne se résument pas à un problème d’offre agricole. Si les gens sont trop pauvres pour acheter la nourriture, à quoi bon produire plus ?

Souveraineté alimentaire et transition agroécologique : faut-il croire les multinationales ?

Les propos d’Erik Fyrwald détonnent avec les engagements formulés lors du Forum pour le Futur de l’Agriculture qui a réuni les plus grands acteurs du secteur agroalimentaire (Syngenta, Cargill, PepsiCo) à Bruxelles en mars dernier : travailler pour la souveraineté alimentaire des Etats ainsi que pour une transition agroécologique. SOS Faim a restitué dans un podcast « Quand Syngenta se revendique agroécologique » paru début mai l’avis de personnes opposées à ce forum. Selon eux, il faut se rendre à l’évidence : même en s’emparant du vocabulaire de la société civile et paysanne, il n’est pas envisageable que les principaux instigateurs des défaillances du système agroalimentaire puissent répondre à l’urgence climatique, sociale et environnementale. Une agriculture pensée par les grandes entreprises de l’agrochimie ne fera qu’accroître leur monopole, les choix de maximisation de profits à court terme et les inégalités de pouvoir avec les petits paysans, premières victimes de la faim.

Le changement par et pour les citoyens

La révolte gronde parmi les citoyens et a conduit pour la 10ème année consécutive des milliers de personnes dans les rues de plusieurs villes françaises (Paris, Lille, Marseille,…) le 21 mai 2022 lors d’une Marche contre Monsanto-Bayer. Un souhait commun : dénoncer le système agrochimique et industriel et redonner le pouvoir aux paysannes et aux paysans œuvrant pour un système alimentaire plus juste et plus durable.

Creuser le sujet :

Festival Alimenterre 2022, notre sélection :