Flambée des prix alimentaires : les leçons de la crise de 2022

Étude/Synthèse/Article
Langue(s) : Français
Thématiques : Commerce international

En 2022, l'indice des denrées de base établi par l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) s'est établi en moyenne à 143,7 points, soit une hausse de 14,3 % par rapport à 2021, un record historique. Depuis, les prix alimentaires semblent se stabiliser et en décembre l'indice FAO des prix des céréales a baissé de 1,9 % par rapport au mois de novembre. Dans son rapport d'octobre 2022, Coordination SUD revient sur la crise provoquée par l’invasion russe en Ukraine, ainsi que sur les leçons à en tirer pour l’avenir.

Aux origines de la hausse des prix  

La guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine le 24 février 2022 a été suivie par une brusque flambée des prix agricoles et alimentaires mondiaux qui s’est vite propagée à la plupart des marchés nationaux. Bien qu'ils rebaissent depuis mi-2022, les cours mondiaux, en particulier du blé, du maïs et des oléagineux, ont atteint des records historiques : l’indice des prix alimentaires de la FAO a atteint un niveau supérieur de 20 % au pic de juin 2008.

Le mythe de la pénurie globale

À l’heure où les fausses solutions à la crise alimentaire réapparaissent, il est essentiel de souligner, qu’en aucun cas, la hausse des prix n’est imputable à un déficit de production ou à une pénurie globale, que ce soit dans la période préalable ou dans celle postérieure au conflit ukrainien. La production agricole mondiale a continué à progresser tout au long de la période et les stocks mondiaux se sont maintenus à des niveaux à peu près constants.

Une faim en hausse constante  

Cette crise est accentuée par la vulnérabilité accrue des classes populaires qui font face aux conséquences du Covid-19, qui vivent dans les zones de conflits ou à risques climatiques extrêmes. Alors que le nombre de personnes souffrant de la faim était estimé jusqu’à 828 millions (hypothèse haute) en 2021, la FAO estime que la guerre en Ukraine pourrait provoquer un accroissement supplémentaire de 8 à 13 millions de personnes. Le Programme alimentaire mondial (Pam) parle, lui, d'une augmentation à 57 millions de personnes souffrant de la faim.

Volatilité des prix : quelles conséquences ?

La flambée des prix de l’année 2022 rappelle la nécessité d’apporter des réponses à la volatilité des prix sur les marchés nationaux et mondiaux. Il s’agit non seulement de protéger les consommateurs urbains des flambées de prix, mais aussi les familles agricoles qui sont fortement pénalisées par les chutes de prix.

C’est en réduisant progressivement leur dépendance au marché mondial, en développant leurs productions alimentaires et en re-territorialisant leurs systèmes alimentaires que les pays pourront, à terme, diminuer leur vulnérabilité par rapport à la volatilité des cours mondiaux.

Contre la volatilité des prix : stockage et régulation du commerce international

Les politiques de stockage (stockage public et privé) apparaissent nécessaires, que ce soit pour faire face à des situations d’urgence, pour réguler les marchés au cours du temps (stocks régulateurs) ou pour garantir la distribution d’aliments à certains groupes de population vulnérables dans le cadre de politiques sociales ciblées.

Le soutien prioritaire à l’agriculture paysanne et aux modes de production agroécologiques permettra aux pays du Sud de limiter l’exode rural, l’expansion de la pauvreté dans les villes, les conflits internes et la dépendance alimentaire et énergétique structurelle vis-à-vis des marchés mondiaux.

Une remise en cause des accords de libre-échange (ALE) est également nécessaire. 

Une plus grande transparence des stocks pourrait contribuer à réduire la volatilité des prix. Cependant, c’est surtout l’existence de stocks régulateurs suffisamment importants et mobilisables à des prix raisonnables, qui constituerait un moyen efficace de casser la spéculation sur les prix. Un accord international, ou à défaut des engagements unilatéraux pourrait garantir que les pays exportateurs et les acteurs du négoce maintiennent en permanence un certain niveau de stocks, équivalent à un nombre défini de mois de volumes exportés ou traités. En cas de crise, et sur décision concertée des États, ces stocks seraient mis à disposition des pays les plus menacés, à un prix strictement encadré. 

La Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA).

La lutte contre la spéculation sur les marchés financiers agricoles constitue un autre élément essentiel de lutte contre la volatilité des prix mondiaux. La flambée de février-mars 2022 était largement liée à un afflux massif de fonds spéculatifs ayant misé sur la hausse des cours et ayant de ce fait contribué à la générer. Cette nouvelle flambée a démontré à quel point les mesures prises par les États-Unis et l’Union européenne suite aux crises de 2007/2008 et 2010/2011 pour établir des limites de position sur les marchés à terme ont été insuffisantes. C’est la spéculation financière sur les biens alimentaires en tant que telle qu’il conviendrait d’interdire.

Pour ce faire, selon Coordination SUD, il faut passer par le Comité de la sécurité alimentaire (CSA), seul organisme international spécialisé du domaine et dans lequel les organisations de la société civile ont voix au chapitre, contrairement aux forums rassemblant des États puissants et des acteurs de l’agro-business.

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