Face au réchauffement climatique, réinventer l'agriculture

Étude/Synthèse/Article
Langue(s) : Français
Thématiques : Climat et énergie

Le système agroalimentaire actuel contribue fortement à l'effet de serre. Et il est très exposé au changement climatique. Deux bonnes raisons pour le changer.

Il est surtout question de transition énergétique et peu d'agriculture dans les négociations de l’accord climatique international qui doit être adopté à Paris en décembre prochain. A tort. Dans son dernier rapport, publié en 2014, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) craint une baisse des rendements des principales cultures (blé, maïs, riz…) de 2 % par décennie si les émissions mondiales de gaz à effet de serre ne sont pas divisées par deux d’ici à 2050. Alors que pour nourrir la planète, il faudrait au contraire augmenter la production agricole de 14 % tous les dix ans.

Les rendements pourraient certes progresser dans les régions septentrionales, mais cela ne pourra en aucun cas compenser les baisses qui pourraient frapper l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie. Selon les Nations unies, 1,5 milliard de personnes, soit 600 millions de plus qu’aujourd’hui, souffriront de la faim à la fin du siècle si nous maintenons nos émissions à leur niveau actuel.

Sécheresses, cyclones et inondations

Dans cette course contre la montre, les pays du Sud, plus fragiles que ceux situés en zone tempérée, sont en première ligne. L’augmentation du niveau des océans, qui pourrait atteindre près d’un mètre à la fin du siècle (et bien davantage au-delà), menace une part importante de l’activité agricole des Etats côtiers. Au Vietnam, par exemple, la moitié de la récolte nationale provient du delta du Mékong.

Alors qu’aujourd’hui déjà le tiers des terres agricoles mondiales est dégradé, la hausse des températures va aggraver les processus de désertification. Une poursuite des émissions mondiales selon la tendance actuelle entraînerait en Afrique de l’Ouest des baisses de précipitations et donc des pertes de rendement à l’horizon 2050. Ce qui est d’autant plus inquiétant que la population de la région doublera d’ici là. Si la bande sahélienne serait relativement préservée, voire enregistrerait des hausses de pluviométrie, les modélisations font état d’une nette baisse des pluies dans la zone côtière.

Dans cette partie de la région qui est la plus densément peuplée (Nigeria, Côte d’Ivoire, Ghana…), les rendements de riz ou de maïs pourraient baisser de 5 % à 25 %. Et même si le Giec juge que le lien entre concentration des gaz à
effet de serre dans l’atmosphère et événements extrêmes tels que sécheresses, cyclones et inondations n’est aujourd’hui pas démontré, il estime assez probable qu’à l’avenir, le réchauffement aura une incidence sur la fréquence et l’intensité de ces accidents.

Ces perspectives ont de quoi inquiéter les agriculteurs qui ont déjà pu « expérimenter » les conséquences de chocs climatiques violents sur leurs cultures. En 2010, par exemple, au Pakistan, des inondations exceptionnelles ont détruit
2 millions d’hectares de cultures. Elles ont également entraîné des retards dans les semis pour la récolte d’hiver, provoquant une flambée des prix du blé et du riz. [...]

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Article issu du numéro spécial d'Alternatives Economiques "Risque climatique, défi alimentaire", réalisé en partenariat avec le CFSI, dans le cadre de la campagne ALIMENTERRE et de la mobilisation autour de la COP21.