Comment renforcer la contribution du secteur privé au développement africain en améliorant son financement

Étude/Synthèse/Article
Langue(s) : Français
Thématiques : Transformation et filière

Dans le cadre du Sommet sur le financement des économies africaines de 2021, la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (Ferdi) a diffusé des recommandations pour que soit amélioré le financement des entreprises privées en Afrique.

Sans être propre à l'Afrique, le difficile accès au crédit bancaire pour les petites et moyennes entreprises est plus marqué pour ce continent. Améliorer le financement du secteur privé est donc une priorité de politique publique afin d'améliorer la productivité des entreprises, condition sine qua non à la création d'emplois pérennes.

Ce déficit d’emplois risque d’ailleurs de s’accentuer dans les années à venir en raison des évolutions démographiques du continent. Le recours aux emplois informels, dominant sur le continent, demeure, lui, insatisfaisant. La grande majorité des entreprises informelles peinent à croître au-delà du cercle familial et fournissent des emplois peu rémunérateurs et faiblement protecteurs des salariés.

Asymétrie d'informations et procédures trop lourdes

De nombreuses PME et start-ups africaines sont incapables de fournir les informations financières et techniques requises par les créanciers pour évaluer leur solvabilité, faute d’avoir un historique de crédit ou des comptes audités. Le résultat de cette situation d’asymétrie d’information est que les banques ont tendance à être très prudentes dans leur octroi de crédit en Afrique. Les créanciers sont particulièrement exigeants en termes de procédures afin de pouvoir évaluer correctement l’emprunteur. Recueillir l’ensemble des documents requis est un coût élevé pour les PME, surtout dans des pays ayant des administrations peu efficaces.

Au-delà des informations demandées, les banques vont souvent demandées d'importants fonds propres afin de s’assurer de la capacité financière de l’emprunteur et de réduire les comportements d’aléa moral. De nombreux entrepreneurs ne disposent pas de ces fonds propres et sont de facto exclus.

"Missing middle"

Ainsi, seules les grandes entreprises, souvent de propriété étrangère et bien structurées, bénéficient réellement de ces financements. A l’opposé du spectre, les très petites entreprises ont connu une amélioration notable de l’accès au crédit grâce à la microfinance. En revanche les petites et moyennes entreprises, qui ont des besoins de financement allant de quelques dizaines de milliers d’euros parfois jusqu’à plusieurs millions d’euros, ne sont pris en charge ni par les institutions de microfinance, ni par les banques privées. Il manque des intermédiaires financiers sur lesquels s’appuyer pour financer un “missing middle”.

Les limites de l'APD à destination du secteur privé

Une étude de la Ferdi (2020) a mis en évidence que les Institutions financières de développement (IFD) étaient peu engagées dans le financement des PME et jeunes entreprises en Afrique. Cette situation s’explique à la fois par les modalités actuelles de l’aide et par des montants dédiés au secteur privé insuffisants.

Recommandations :

Accroître et repenser l’utilisation de l’APD à destination des entreprises privées est essentiel. En particulier, les ressources publiques devront servir à favoriser une prise de risque plus grande (dé-risquer les investissements) et réduire la contrainte financière (compenser une rentabilité plus faible à court terme) afin d’avoir un impact fort à long terme. Une partie des ressources publiques doit aussi servir à accompagner les entreprises afin que d’améliorer l’impact attendu (assistance technique à titre gracieux en complément de l’investissement).

Ceci implique de sortir des réticences culturelles. La controverse sur l’utilisation des fonds publics pour soutenir le secteur privé n’est pas nouvelle. Ses opposants défendent l’idée que les fonds publics ne devraient pas servir à enrichir des actionnaires privés. Or, cette vision de l’aide ignore que des entreprises productives ont non seulement des effets économiques (création d’emplois et d’activités, diffusion de connaissance) mais aussi des impacts forts sur le reste de la société (innovation, mobilisation fiscale, pacification).

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