Au Sénégal : commercialisation de masse pour les légumes sains

Expertise de terrain
Langue(s) : Français
Filières : Fruits, Légumes
Pays : Sénégal

Enda Pronat accompagne des organisations paysannes dans la production maraîchère agroécologique et la vente en circuit court avec le label Agriculture saine et durable (ASD). Karfa Diallo, chargé de valorisation et commercialisation, nous parle de la façon dont Enda Pronat envisage de passer des marchés de niche aux marchés de masse, de façon à mettre des produits sains à portée de tous les consommateurs, tout en rémunérant les productrices et les producteurs.

Quel système de commercialisation des produits agroécologiques Enda Pronat a-t-il mis en place à Dakar?

Issu de la recherche-action portée au départ par Enda Pronat avec la Fédération des agropasteurs de Diender (FAPD), le label Agriculture saine et durable (ASD) offre une réponse aux difficultés de mise en marché en valorisant des fruits et légumes sains, initialement sur un marché de niche de clients très aisés. Nous accompagnons 107 exploitations familiales agroécologiques de la zone périurbaine des Niayes. Nous parvenons à écouler 30 % de leurs fruits et légumes avec le label ASD, en circuit court. Le reste est vendu aux intermédiaires habituels, appelés coxeurs au Sénégal, à un prix identique à celui des produits conventionnels, bien que leur qualité soit reconnue supérieure. L’écoulement des légumes sains dans des marchés différenciés est un levier fondamental pour améliorer les revenus et, ainsi, la viabilité des exploitations familiales.

Jusqu’à présent, cinq femmes parmi les producteurs accompagnés, choisies pour leurs connaissances du label ASD et leur engagement en faveur de l’agroécologie, sélectionnaient les fruits et légumes destinés aux circuits courts. Sur ce marché haut de gamme, les producteurs perçoivent une prime qualité pour chaque kilo sélectionné par ces productrices-collectrices. La marge qu’appliquent les collectrices aux produits ASD n’est pas un frein à la commercialisation sur un marché de niche avec des clients aisés. Elles se rémunèrent ainsi pour le tri effectué et le suivi d’un groupe d’exploitations familiales.

Enda Pronat, les producteurs, deux privés et les consommateurs engagés ont néanmoins jugé nécessaire de mettre en place une structure pour le marketing et la commercialisation au niveau national. D’où la création de la coopérative Sell Sellal en 2016.

Ce système est-il satisfaisant ?

Il fonctionne sur un marché de niche avec des quantités réduites. Mais nous cherchons aujourd’hui à augmenter les volumes labellisés ASD et atteindre davantage de consommateurs. Dans cette perspective, nous avons besoin de standards de contrôle, utilisés de manière uniforme par les différentes fédérations de producteurs et les animateurs-techniciens d’Enda Pronat.

En augmentant les volumes et en supprimant la prime pour le tri des légumes, il devient possible de se rapprocher des consommateurs à revenus plus modestes, qui sont aussi plus nombreux. Les producteurs pourront ainsi approvisionner directement la coopérative, sans passer par les collectrices. Ils percevront alors directement la prime ASD, qui récompense leur engagement à produire mieux et de façon durable.

À ce jour, nous avons déjà supprimé l’étape de la sélection pour certains légumes : aubergines, concombres, tomates, carottes et salades. Et nous accompagnons les cinq collectrices accompagnons les cinq collectrices pour qu’elles équipent leurs exploitations familiales, afin de compenser la perte de la rémunération du tri.

Très prochainement, des sacs de collecte seront remis aux exploitations familiales. Ils seront de taille réduite (30 à 40 kilos contre 60 à 80 habituellement) et conçus dans une maille plus adaptée aux fruits et légumes. Un code unique par exploitation familiale facilitera le traçage de l’origine.

Comment souhaitez-vous étendre le marché des produits ASD ?

Sur les trois marchés ASD actuels, avec une trentaine de produits différents, nous réalisons un chiffre d’affaire hebdomadaire équivalent à 1 000 ou 1 200 euros. Nous estimons pouvoir atteindre 1 400 à 1 800 euros en améliorant et en augmentant les gammes de produits, puis en renforçant la communication.

Nous avons en effet identifié deux pistes : démultiplier nos marchés de niche, y compris dans des quartiers moins nantis, et valoriser la qualité des produits ASD sur les marchés conventionnels.

[...]

Propos recueillis en décembre 2017 par Daouda Diagne, et édités par Hélène Basquin Fané (CFSI) en octobre 2018

Télécharger l'entretien complet

Pour creuser le sujet :

  1. Témoignage, Au Sénégal : le boom de la microagriculture urbaine, 2018
  2. Témoignage, Démocratisation des produits bio locaux, 2015
  3. Témoignage, L’Amap Bénin change d’échelle, 2019
  4. Témoignage, La labellisation, une étape importante pour le passage à l'échelle, 2019