Au Burkina Faso, lait local contre poudre de lait importée

Expertise de terrain
Langue(s) : Français
Filières : Produits laitiers
Pays : Burkina Faso

Nour Al-ayatt Ouédraogo, éleveur en périphérie de Ouagadougou, préside l'Interprofession des producteurs de lait du Burkina Faso (Iprolait/BF), appelée aussi Table filière lait. Korotoumou Gariko, éleveuse, a été présidente et a maintenant le rôle de trésorière de l’interprofession.

Un des enjeux actuels est de faire face à la concurrence de la poudre de lait importée. Investie dans la campagne « Mon lait est local », Iprolait attire l'attention des consommateurs et des pouvoirs publics sur l’importance de soutenir la production laitière locale.

Quel est l’impact de la poudre de lait importée sur le développement de la filière ?

En soi, nous ne sommes pas contre toute forme de lait en poudre. Le principal problème est le lait réengraissé à la matière grasse végétale (MGV). La concurrence est déloyale ! Le lait reconstitué est à moitié prix par rapport au lait local : impossible de rester dans la course ! Et nous n'avons pas d'information sur ce lait : le procédé de fabrication, la composition du produit fini, le danger pour le consommateur, le danger pour notre économie... La population aussi est ignorante. Elle accorde sa préférence à ces produits bien emballés, à prix abordable. Mais si un consommateur rencontre un problème sanitaire lié à la consommation de poudre de lait, la consommation de lait local pourrait aussi en pâtir.

Depuis 2018, nous disposons d’un guide de bonnes pratiques d’hygiène du lait coécrit avec le Gret. Nous voulons faire en sorte que la poudre, parfois utilisée en complément par nos unités transformant le lait local soit du « vrai lait » et non un mélange réengraissé à la matière grasse végétale. Nous avons travaillé cette question lors de la dernière Journée mondiale du lait. Nous souhaitons aussi accompagner les acteurs vers les investissements et réfléchir à l'augmentation de la taxation des produits importés afin de soutenir la filière nationale.

Dialoguez-vous avec des acteurs européens au sujet de la poudre de lait ?

Lors des « 72h du lait local », nous travaillons en partenariat avec la Belgique, la France et l'Allemagne. La situation est préoccupante et nous saluons l'effort des partenaires qui nous accompagnent, Oxfam par exemple. Nous sentons vraiment une volonté de changement en Afrique comme en Europe. Nous sommes interdépendants. C'est un combat commun, entre éleveurs africains et européens, mais aussi du monde entier. Nous devons mener ce combat ensemble pour sauvegarder nos filières.

Nous portons ensemble des actions de plaidoyer et de sensibilisation sur l'inondation de nos marchés par les produits laitiers importés. C'est une question qui mine la filière lait local, que ce soit en Afrique et en Europe. Les éleveurs laitiers paraissent riches en Europe, mais en réalité ils ne parviennent pas à vendre leur lait au juste prix. Ils sont surendettés car ils ne font qu'investir. En Europe et même dans les pays maghrébins, il existe des subventions à l'installation, la production, l'alimentation, la santé... En Afrique de l'Ouest, ce n'est pas le cas.

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