Usages de la terre, agroécologie et risques pandémiques

La pandémie de Covid-19 a révélé au grand public une réalité bien connue des scientifiques : la déforestation et la perte de biodiversité brise les barrières biologiques qui limitent la circulation des agents pathogènes de l’animal à l’homme. Le collectif de recherche anglophone Pandemic Research for the People créé en 2020 défend la restauration d’une « agrobiodiversité ».

Le lien entre l’agriculture industrielle et l’apparition d'épidémies susceptibles d’affecter les animaux et les êtres humains est documenté depuis de nombreuses années. Le biologiste Rob Wallace a par exemple publié un ouvrage en 2016 intitulé Big Farm makes Big Flu (Les grandes fermes font les grandes grippes). Il est un des membres fondateur du collectif Pandemic Research for the People (PreP). Ce collectif de recherche s’oppose à une conception de l’usage du sol qui met au même niveau tous les modèles agricoles. Entre l’agriculture paysanne traditionnelle et l'agro-industrie, la responsabilité vis-à-vis des crises environnementales n’est pas la même. 

La terre n’est pas un simple facteur de production

L’article “Scientists say land use drives new pandemics. But what if “land” isn’t what they think it is?” (Les scientifiques disent que l’usage des terres conduit à de nouvelles pandémies. Mais si la terre n’était pas ce qu’ils pensent qu’elle est ?), revient sur l’émergence de certaines maladies « zoonotiques » (les maladies provenant de souches pathogènes qui passent d’une espèce animale à une autre) et sur les causes possibles de leur apparition. Il prend la défense d’une conception de l’espace, de la terre et de ses usages qui ne se réduit pas à la question de son utilité ou de son potentiel productif.

Agrobusiness et agriculture paysanne, deux paradigmes en opposition

L’article "Whose agriculture drives diseases?" propose une approche critique du programme PREDICTS dont l’ambition est de fournir une base de données sur la biodiversité et l’usage des sols afin de prévenir l’émergence de nouvelles zoonoses. Ce programme tombe dans les écueils pointés par le collectif PreP : agrobusiness et agriculture paysanne auraient le même degré de responsabilité dans les débordements zoonotiques responsable des épidémies.  

Systèmes agroécologiques diversifiés

L’article "Planet Farm", démontre en quoi l’agriculture industrielle, en réduisant la diversité génétique des animaux d’élevage, augmente le risque de circulation des maladies. Les fermes industrielles, en regroupant dans un espace restreint de grande quantité d’animaux, sont susceptibles de constituer de nouveaux réservoirs d’agents pathogènes. En conclusion, Wallace prend la défense d’une agrobiodiversity capable de créer des pare-feux immunologiques entre les espèces sauvages porteuses d’agents pathogènes, les animaux d’élevage et les hommes. Ce concept fait écho à celui de systèmes agroécologiques diversifiés défendu par l’institut de recherche Ipes Food.   

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