Quelle utilité pour le plus gros budget de l’UE ?

Lancée à une époque de pénurie, la Politique agricole commune (Pac) a longtemps visé l’augmentation de la production. Le contexte est très différent aujourd’hui et, alors que 50 milliards d’euros lui sont alloués chaque année, elle ne s’est pas adaptée aux nouveaux défis. Pourquoi ? La manne financière qu’elle représente a certes créé de puissants lobbies mais le cloisonnement de l’approche agricole sans liens avec les autres politiques représente un autre verrou majeur.

Les défis du XXIème siècle

Un tiers des paysans vit dans la pauvreté[1], la faim progresse, la sécurité sanitaire n’est pas garantie (voir le cas de contamination du lait de Lactalis, le récent rapport de l’Inspection des affaires sociales sur les perturbateurs endocriniens[2], etc ), le niveau d’activité biologique des sols se dégrade (la baisse des rendements des céréales est déjà mesurable). Notre modèle agricole contribue au changement climatique (20 % des émissions de GES de la France viennent de l’agriculture). Et de nouvelles préoccupations sont apparues : bien-être animal, gestion des paysages ou désertification des zones rurales (26% des fermes ont disparu en l’espace de 10 ans en France[3]).

La Pac inefficace

La Pac renforce les inégalités entre agriculteurs. Selon l’économiste Alan Matthews, sur les 7,2 millions de bénéficiaires du premier pilier de la PAC, la plupart ne reçoivent que très peu de paiements, alors que 131 000 producteurs touchent plus de 50 000 euros[4] ! 

Par rapport aux défis de durabilité, les récentes mesures de « verdissement » de la Pac sont très critiquées. Un récent rapport de la Cour des comptes européenne conclut que « le paiement vert reste, fondamentalement, une mesure d'aide au revenu », qu’il « n'a suscité des changements dans les pratiques agricoles que sur quelque 5 % de l'ensemble des terres agricoles ». 

Décloisonner les approches

Beaucoup estiment que les priorités devraient être pensées à partir des besoins alimentaires. Pour les chercheurs du projet Transmango par exemple, la Pac se caractérise par un « désintérêt envers l’environnement, le climat, ou encore la question d’une alimentation saine ». Ces questions devraient être résolues de façon transversale (politiques agricole, de sécurité des aliments, de santé publique, de commerce, de protection de l’environnement, d'emploi) et bénéficiées des ressources de la Pac. Pour Emile Frison du think tank Ipes Food, le fonctionnement en silo des politiques, chercheurs et autres fonctionnaires est un obstacle majeur à la transition vers une agriculture adaptée aux défis du XXIème siècle.

Ne pas nuire à la sécurité alimentaire au Sud

Les impacts négatifs de la Pac sur les pays pauvres devraient aussi être pris en compte. De nombreux exemples montrent comment les produits importés subventionnés par la Pac sont une contrainte au développement de l’agriculture locale et à la sécurité alimentaire. Là aussi un décloisonnement est nécessaire entre politique agricole, commerciale et de développement.

 

Sources : D'après une brève de Materne Maetz publiée sur www.lafaimexpliquee.org/, Ipes Food, CFSI

 

Creuser le sujet :

Etude, Policy recommandations, 2017

Note, Pac et accords de libre-échange : quelle cohérence avec le développement au Sud ?, 2017

Film, La négociation, 2014

Sensibiliser, Tout comprendre de la Pac, 2013

Site d’Ipes Food

Rapport, Pour une politique agricole, alimentaire, environnementale et rurale européenne, 2010

 

[1] Un tiers des agriculteurs vivait avec moins de 350 euros par mois en 2016 selon la Mutualité sociale agricole

[2] Voir le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales que Le Monde a pu consulter début 2018

[3] Entre 2 000 et 2 010, selon des données du ministère de l’Agriculture

[4] Rethinking EU budget spending on agriculture in the next MFF