Pour nourrir le monde : l'agriculture familiale

Étude/Synthèse/Article
Langue(s) : Français
Thématiques : Politiques agricoles

L’agriculture familiale assure 70 % de la production agricole mondiale. C’est d’abord à elle qu’il faut faire confiance pour nourrir durablement la planète.

Photo : Marché de Lomé, Togo © Bastien Breuil

A quoi ressemblera le monde agricole dans trente ans? Dominante aujourd’hui, l’agriculture familiale a réussi jusqu’à présent à relever le défi de nourrir une planète toujours plus peuplée. Mais qu’en sera-t-il en 2050, quand pour assurer les besoins de 9 milliards d’humains, il faudra augmenter la production mondiale entre 30 % et 80 %, selon les hypothèses ? Le défi n’est pas mince : 84 % des exploitations ont une surface inférieure à deux hectares et les deux tiers des agriculteurs familiaux travaillent encore à la main… « Certains Etats estiment que ce serait plus simple et plus rapide d’industrialiser la production agricole », observe Bruno Losch, chercheur au CIRAD. A l’image de la Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition, lancée en 2012 lors du sommet du G8 de Camp David (Etats-Unis). Les pays du G8, alliés à des Etats africains (Burkina, Côte d’Ivoire, Ethiopie, Ghana, Mozambique, Tanzanie, Malawi, Nigéria et Sénégal) et à une centaine d’entreprises (Cargill, Monsanto, Nestlé…) misent sur l’apport par les multinationales de capitaux privés.

Une fausse solution

Pour ses défenseurs, cette stratégie résout la question des moyens financiers à mettre sur la table pour moderniser les exploitations familiales des pays en développement. Depuis les années 1990, l’agriculture a en effet fait les frais de la coupe dans les dépenses publiques demandées par le Fonds monétaire internationale (FMI) aux Etats fortement endettés. Après la crise alimentaire et l’envolée des prix mondiaux à partir de 2007, la sécurité alimentaire a certes été inscrite parmi les priorités de nombre d’agences de développement, à l’instar de l’AFD (Agence française de développement). Mais les sommes allouées sont restées sans commune mesure avec les besoins…

Dénonçant cette vision uniquement financière, les organisations de la société civile ont obtenu que 2014 soit décrété « année internationale de l’agriculture familiale » par la FAO afin de relancer les débats sur les modèles agricoles les plus à même de répondre à la sécurité alimentaire mondiale. Car les logiques industrielles ne sont pas sans danger : dans les pays du Nord comme en Asie ou en Amérique latine, l’introduction à partir des années 1960 de variétés à hauts rendements et de races animales à fort potentiel, de la monoculture, couplée à l’irrigation à grande échelle, la mécanisation, l’agrandissement des exploitations pour favoriser les économies d’échelle, a créé des dommages considérables (érosion du sols, pollutions des eaux et nappes phréatiques, menaces sur la biodiversité…). Ces atteintes à l’environnement remettent en cause l’accroissement continue des rendements observée jusqu’aux années 2000. Plus utilisatrice de produits chimiques et d’eau et favorisant l’érosion, l’agriculture industrielle accentue par ailleurs la pression sur les ressources naturelles déjà mises à mal par l’augmentation de la population mondiale et par les changements climatiques.

De plus, l’agriculture industrielle, tournée principalement vers l’exportation, s’est jusqu’ici montré impuissante à résoudre le problème de la faim. Elle prive de débouchés les producteurs les plus vulnérables des pays se fournissant sur le marché mondial. Les petits paysans, incapables de retirer de leur activité des revenus suffisants, représentent près des deux-tiers des 840 millions de personnes souffrant de malnutrition. « Et le forcing de l’Union européenne pour obtenir de la part des pays ACP (Afrique-caraïbes-Pacifique) la signature des Accords de partenariat économiques (APE) reposant sur une plus grande ouverture de leurs frontières en échange d’un accès accru au marché européen ne va pas améliorer la situation ! », s’emporte Léopold Lokossou, président de la plateforme paysanne PNOPPA au Bénin.

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Article issu du numéro spécial d'Alternatives Economiques "Agriculture familiale, le défi", réalisé en partenariat avec le CFSI, dans le cadre de l'Année Internationale de l'agriculture familiale.