À Rufisque, les cantines scolaires deviennent un levier de souveraineté alimentaire
Dans le département de Rufisque, au Sénégal, un projet ambitieux démontre qu’une alimentation scolaire de qualité peut aussi soutenir l’agriculture familiale locale, créer des emplois et renforcer les politiques publiques alimentaires.
Porté par Grdr, en partenariat avec CICODEV Africa, le projet RePAS – Relocalisation de l’alimentation et Promotion de l’Agroécologie pour un Système alimentaire résilient, mise sur les cantines scolaires approvisionnées en circuits courts pour transformer durablement les systèmes alimentaires locaux.
Les cantines scolaires, un marché structurant pour les producteurs locaux
L’un des constats à l’origine du projet est simple : les cantines scolaires peuvent représenter un débouché régulier et sécurisé pour les petits producteurs, à condition que leur approvisionnement soit pensé dès la conception des politiques publiques.
À Rufisque, le modèle retenu repose sur des cuisines centrales communales, capables de mutualiser la production des repas, de contractualiser avec des organisations de producteurs et de garantir des volumes suffisants.
Résultat :
- 43 % des dépenses alimentaires des cantines concernées sont aujourd’hui consacrées à des produits locaux (céréales, légumes, viande) ;
- 140 producteurs, 50 transformatrices et 6 commerçants locaux sont intégrés dans ces circuits d’approvisionnement ;
- Les cantines deviennent un outil concret de relocalisation de l’alimentation, au bénéfice des territoires.
Trois cuisines centrales opérationnelles et bientôt une quatrième
Entre octobre 2023 et juillet 2024, trois cuisines centrales ont été mises en fonctionnement dans le département de Rufisque :
- à Rufisque,
- à Yene,
- et à Bambilor.
En un an, 218 265 repas ont été servis à 18 écoles, bénéficiant à 4 260 élèves.
La seule cuisine centrale de Rufisque a livré 127 560 repas à 10 écoles, avec un coût moyen de 243 FCFA par repas, tandis que Yene a atteint un coût moyen plus bas, autour de 214 FCFA, en élargissant le nombre d’établissements bénéficiaires.
Une quatrième cuisine centrale est en préparation à Bargny, signe de l’intérêt croissant des communes pour ce modèle.
Financer les cantines autrement : collectivités, parents et entreprises locales
Autre enseignement majeur du projet RePAS : le financement des cantines scolaires peut être largement assuré au niveau local.
Aujourd’hui, près de 75 % du financement des cuisines centrales provient de ressources locales combinant :
- contributions des collectivités territoriales,
- cotisations des parents d’élèves,
- partenariats avec des entreprises locales engagées dans la RSE.
À Rufisque, une convention signée avec la cimenterie SOCOCIM garantit par exemple un appui annuel de 15 000 euros jusqu’en 2026, un jalon important vers la pérennisation du dispositif.
Mieux manger à l’école, un enjeu nutritionnel et éducatif
Au-delà de l’approvisionnement, le projet agit aussi sur la qualité nutritionnelle des repas proposés aux élèves.
Des diagnostics menés auprès de 20 restauratrices et vendeuses de table ont permis d’identifier plusieurs défis :
- une offre encore trop riche en produits sucrés ou salés,
- un manque de légumes dans les repas vendus hors cantine,
- des enjeux d’hygiène, d’organisation et d’accessibilité économique.
Un plan d’accompagnement est en cours de déploiement pour renforcer les compétences des restauratrices, diversifier l’offre alimentaire et promouvoir le “consommer local” auprès des enfants et des communautés éducatives.
Plaidoyer et politiques publiques : l’école comme moteur de souveraineté alimentaire
Le projet RePAS s’inscrit aussi dans un travail de plaidoyer national.
Dans un contexte politique renouvelé depuis les élections de 2024, les partenaires du projet ont multiplié les échanges avec les décideurs pour défendre une politique nationale d’alimentation scolaire fondée sur la production locale.
Parmi les avancées notables :
- la volonté gouvernementale de finaliser une stratégie nationale de l’alimentation scolaire,
- l’élaboration d’un projet de loi dédié aux cantines scolaires,
- la reconnaissance croissante du rôle des collectivités territoriales dans le pilotage des systèmes alimentaires locaux.
Un modèle inspirant pour d’autres territoires
En associant collectivités, producteurs, transformatrices, parents et entreprises locales, le projet RePAS montre que les cantines scolaires peuvent devenir un levier puissant de transition alimentaire.
Si des défis persistent – accès à l’eau, sécurisation foncière, capacités de stockage –, l’expérience de Rufisque démontre qu’une alimentation scolaire locale, saine et durable est possible, à condition d’être pensée comme une politique territoriale à part entière.
À l’heure où la souveraineté alimentaire est au cœur des débats en Afrique de l’Ouest, les cantines scolaires apparaissent plus que jamais comme un point d’entrée stratégique pour “consommer local” et soutenir l’agriculture familiale.
CFSI, janvier 2026
Crédit photo : Grdr