UE-Mercosur : un accord qui menace paysans, environnement et souveraineté alimentaire sera signé ce samedi 17 janvier

Après vingt-cinq ans de négociations difficiles, le traité de libre-échange entre l’Union européenne et l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, quatre pays membres du Mercosur, sera signé ce samedi 17 janvier 2026 au Paraguay. 

Cette signature fait suite à l'obtention, de justesse, de la majorité qualifiée (15 États représentant au moins 65% de la population de l’UE) lors d'un vote des Etats membres de l’UE intervenu le vendredi 9 janvier. Seules la France, la Pologne, l’Autriche, la Hongrie et l'Irlande s'y sont opposées, tandis que la Belgique s’est abstenue.

L’accord vise à encourager et à accroître les échanges commerciaux entre les pays du Mercosur et ceux de l’UE, notamment grâce à la réduction des barrières tarifaires et non tarifaires. Il s’agit de l’un des accords de libre-échange les plus vastes jamais conclus par l’Union européenne. Il permettrait à l’UE de gagner des parts de marché en Amérique du Sud, en y exportant notamment des voitures, des machines et des produits chimiques. Les pays du Mercosur exporteraient vers l'Europe principalement du bœuf, du sucre, du soja et d’autres matières premières, dans la limite de quotas négociés. Le traité commercial est souvent surnommé “cows for cars” (vaches contre voitures).

L'accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur suscite cependant de nombreuses oppositions. En cause, ses impacts en matière agricole, de climat et de droits humains, des deux côtés de l’Atlantique.

 

Les implications de l'accord pour l’UE et la France

Pour les défenseurs de l’accord en Europe, notamment l’Allemagne et l’Espagne, celui-ci représente un accès à de nouveaux marchés pour l’industrie de l’UE mais aussi la sécurisation d’un accès à des matières premières (dont le lithium, essentiel pour la construction de voitures électriques). Cela est non négligeable, selon eux, compte tenu de l’influence commerciale et géopolitique croissante de la Chine dans la région, ainsi que des politiques protectionnistes des Etats-Unis. De plus, alors qu’elle est fortement dépendante des échanges commerciaux avec la Chine, cet accord permettrait à l’Union européenne de diversifier ses échanges et ses sources d’approvisionnement.

Cependant, plutôt que par la multiplication d'accords commerciaux, l’Union européenne devrait passer par la promotion de modes de production et de consommation durables au sein des Etats membres pour réellement renforcer sa souveraineté, notamment alimentaire.

En France, première puissance agricole de l’UE, les agriculteurs et agricultrices redoutent une concurrence déloyale liée à la mise en œuvre de l’accord, et se mobilisent massivement contre le traité depuis de nombreuses années. Cet accord fait également partie des rares sujets sur lesquels l’ensemble du paysage politique français est quasi unanime. Face à la colère agricole, exacerbée par la récente crise de la dermatose nodulaire bovine, Emmanuel Macron finira par se prononcer contre l’accord le 9 janvier 2026.

L’une des demandes des organisations de la société civile européenne était d’obtenir des mesures miroirs pour toutes les importations agricoles de l’UE. Le principe de ces mesures est d'exiger que les normes européennes en matière de pesticides, de bien-être animal, et sanitaires soient appliquées à tous les produits agricoles importés par l’UE. En effet, les normes agricoles, environnementales et sociales en Amérique du Sud sont, dans de nombreux domaines, moins contraignantes et moins appliquées que dans l’UE. A ce jour, les mesures miroirs proposées sont loin d’être suffisantes pour empêcher une concurrence déloyale de produits sud-américains fabriqués à moindre coût, d'où la forte colère agricole en France et dans d'autres pays européens.

Homme épandant des pesticides

 

Les implications de l’accord en Amérique du Sud

L’objectif des pays du Mercosur avec cet accord est de faire croître leurs exportations de produits primaires, notamment de soja, de sucre et de bœuf vers l’Europe. Or, ces exportations se traduisent en un renforcement de l’agro-industrie, malgré de graves risques sociaux et environnementaux. Ces productions intensives sont hautement menaçantes pour l’environnement, elles favorisent la déforestation et la surutilisation de produits phytosanitaires et hormones (dont certains sont interdits au sein de l’Union Européenne, bien que celle-ci continue d’en produire et d’en exporter).

L'expansion de l'agro-industrie sur les territoires au détriment des populations autochtones et paysannes en Amérique du Sud est bien connue. Les produits que le Mercosur souhaite massivement exporter sont principalement exploités par de grands propriétaires terriens. L’accord menace donc d’affaiblir considérablement l’agriculture familiale et agroécologique des pays d’Amérique du Sud concernés, au profit d’une agro-industrie destructrice, excessivement consommatrice de terres et en pesticides, et qui nuit aux communautés paysannes et à l'environnement.

 

Où en est-on ?

Suite au vote du traité par le Conseil de l’Union européenne, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se rendra au Paraguay ce samedi 17 janvier pour sa signature officielle. Cette étape ne marque toutefois pas la fin du processus : l’accord commercial doit encore être soumis à l’approbation du Parlement européen, où il suscite de nombreuses oppositions parmi les eurodéputés, avant d’entrer en vigueur.

Le CFSI s’engage contre le traité de libre-échange entre l'UE et le Mercosur, qui va à l’encontre des droits des paysans, en Europe comme en Amérique du Sud, et constitue une menace pour l’environnement. Un collectif d’organisations, dont le CFSI, a publié une lettre ouverte contre l’accord UE-Mercosur et pour une relocalisation écologique et solidaire, consultable ici : https://solidaires.org/sinformer-et-agir/actualites-et-mobilisations/communiques/lettre-ouverte-a-e-macron-contre-laccord-ue-mercosur-pour-une-relocalisation-ecologique-et-solidaire/

 

Pour en savoir plus :

CCFD Terre Solidaire, Les Accords Mercosur vus d'Amérique Latine : 3 témoignages du Paraguay, de l'Argentine et du Brésil, janvier 2021

Reporterre, Mercosur : l'agrobusiness brésilien, le grand gagnant de l'accord, janvier 2026

Humundi, Accord UE-Mercosur : la Commission tente un passage en force malgré l’opposition agricole, décembre 2025

Reporterre, Mercosur : l’accord approuvé malgré le vote de la France, janvier 2026

Vie publique, L'accord d'association UE-Mercosur en neuf questions, janvier 2026

 

CFSI, Janvier 2026

Crédit photos : Canva