Au Ghana et en Côte d’Ivoire, les cacaoculteurs dans la tourmente

Ces derniers mois, sur fond de crise économique, sociale et sanitaire, les exportateurs de cacao d’Afrique de l’Ouest relancent le bras de fer contre les multinationales du chocolat, entamé depuis plusieurs années. Pour les planteurs de cacao, la situation devient inquiétante. 

Un accord historique pour soutenir les producteurs

En 2019, le Ghana et la Côte d’Ivoire, les deux géants du cacao qui se partagent les deux tiers de la production mondiale, étaient parvenus à imposer aux multinationales du chocolat un accord sans précédent. En effet, les acheteurs de fèves sont tenus de payer le « Différentiel de revenu décent » (DRD), d’un montant de 400 dollars par tonne de cacao et ce afin de soutenir la filière, notamment les planteurs.

Cette négociation réussie est en grande partie l’œuvre du Conseil Café Cacao ivoirien et du Cocoa Board ghanéen, réunis pour l’occasion en « OPEP de l’or brun ». Cependant, les deux pays reprochent aux chocolatiers de ne pas payer la taxe qu’ils s’étaient pourtant engagés à respecter. Pour se défendre, ces derniers invoquent la chute de la demande liée à la crise Covid19, ainsi que le non-respect des critères de durabilité (déforestation, travail des enfants) et assurent continuer de payer le DRD aux petits producteurs.

De crise en crise

Indiscutablement, la pandémie et les mesures sanitaires mises en place pour la contenir ont fait largement diminuer la demande mondiale de chocolat. Or, selon plusieurs experts, cette crise intervient dans un contexte antérieur de surproduction. Les prix très bas seraient donc dus à une dévalorisation du cacao, en raison d’une offre trop abondante. Le risque auquel fait face le « Cartel du cacao » est donc d’entraîner, par une hausse artificielle des prix, un cercle vicieux de surproduction.

Si les producteurs ne peuvent pas se permettre, comme pourrait le faire l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), de restreindre trop longtemps les exportations, c’est que la situation des planteurs de cacao est préoccupante. D’après la Banque Mondiale, plus de 5 millions de personnes seraient dépendantes de cette activité en seule Côte d’Ivoire, et près de la moitié d’entre elles vivraient sous le seuil de pauvreté, avec des proportions similaires au Ghana. Par ailleurs, la guerre en Ukraine a d'ores et déjà conduit à l'augmentation des prix des intrants chimiques et on voit mal comment les deux pays africains pourront y faire face. 

Une négociation tendue

Malgré les risques, le Conseil Café Cacao et le Cocoa Board ont adressé, le 21 novembre dernier, un nouvel ultimatum aux multinationales, menaçant notamment de faire pression pour sortir des programmes de durabilité dans lesquels leurs pays sont engagés, ainsi que l’interdiction aux acheteurs d’accéder aux plantations (empêchant toutes prévisions sur les récoltes). Depuis, les partis se sont rencontrés et ont accepté de poursuivre les négociations, l’ultimatum des producteurs a également été repoussé.

Cependant la situation pourrait encore empirer pour la Côte d’Ivoire et le Ghana, puisque l’Union européenne est parvenue à un accord visant à interdire les importations de certains produits issus de la déforestation, dont le cacao, d’ici à 2024. Si elle peut-être bénéfique pour l'environnement, cette réglementation aura des conséquences néfastes sur les revenus des cultivateurs, au moins à court terme. 

CFSI, décembre 2022

 

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