La faim du monde, un livre pour parler au plus grand nombre

Nasser Brahimi est consultant international auprès des agences des Nations unies, la FAO et le Fida. Il publie un livre, « La faim du monde », pensé et écrit pour les non-spécialistes.

Vous vouliez raconter la faim dans le monde ?

La faim dans le monde, telle qu’elle est représentée par les médias, ne rend pas compte de ce qu’est effectivement la situation des 821 millions de personnes les plus démunies de la planète, ni des enjeux réels qui expliquent ce scandaleux fléau.

On comprend que l’on aurait les moyens de nourrir toute la planète.

La réponse politique, malgré quelques avancées, reste complètement insuffisante. De puissants intérêts économiques et commerciaux dominent et imposent leur logique néolibérale. Les pays pauvres sont étouffés par des importations massives qui les privent de leur autonomie. Alors que toutes les agricultures occidentales ont été et continuent d’être massivement subventionnées, on a incité les pays du Sud a délaissé leur agriculture. Le métier de paysan est dévalorisé. Il ne faut jamais oublier que l’agriculture familiale reste la plus saine et la plus à même de préserver les ressources naturelles.

Dans  vos passages sur l’assistance internationale au développement, vous êtes très critique.

On investit davantage sur l’urgence que sur le développement, c’est plus simple et plus médiatisé. Et l’aide au développement est en grande partie dépensée dans l’intérêt des pays riches, en expertise et en achats de matériel agricole auprès des multinationales par exemple.

Quelles sont les pistes de solutions ?

La transformation doit être radicale. Le passage à l’agriculture industrielle ne fonctionne pas, on le sait. On doit aller vers un système qui nourrit sainement les gens, et qui n’altère pas trop les ressources naturelles. Il faut un travail de sensibilisation pour sortir de ce cercle de spécialistes qui ne parlent qu’aux spécialistes. Le premier acte politique, dans la vie quotidienne, est l’acte d’achat. Il faut savoir ce que l’on mange, à qui on achète ces produits. Acheter les produits les moins transformés possibles. Si on refusait de manger certains aliments de certaines sociétés, par exemple parce que cette société exploite ses travailleurs, ce serait un acte politique formidable. De plus en plus de gens veulent s’informer mais c’est difficile d’y voir clair. Il y a des connivences, par exemple des chercheurs sont payés pour diminuer ou relativiser la toxicité de certains produits ou de certaines techniques.

Je suis partisan d’une information totalement transparente et accessible à toutes et à tous. Au lieu d’agir à coup de décisions politiques volontaristes et paternalistes, il coûterait moins cher de former, informer et responsabiliser le citoyen. Oui, mais pour cela, il faudrait rendre les instances de décision plus participatives. C’est pour cette raison que le monde est en ébullition. De l’Algérie au Chili, en passant par le Liban, l’Argentine, le Soudan, les peuples se soulèvent. Ils réclament plus de justice sociale. Libérer le monde de la faim ne signifie rien d’autre que libérer l’homme lui-même : aujourd’hui.

 

La faim du monde, Nasser, 2019, éditions Balland

CFSI, 2019