Analyse : risques et facteurs de résilience des systèmes alimentaires

L’onde de choc provoquée par la pandémie de Coronavirus se révèle d’une ampleur inédite. Ces bouleversements sans précédents mettent au grand jour les fragilités structurelles des systèmes alimentaires. L’ONG Agrisud a engagé une analyse des risques et facteurs de résilience de ces systèmes en situation de crise. Elle se fonde sur des observations issues de la quinzaine de pays dans laquelle Agrisud intervient : principalement en Afrique mais aussi en Amérique latine et en Asie.

Des impacts directs sur les systèmes alimentaires

Les perturbations affectent autant l’amont (accès aux intrants) que la production agricole elle-même et son aval (circuits de mise en marché). Si elle semble pour le moment épargnée, la production peut être pénalisée par la réduction du temps de travail dans les exploitations.

L’agroécologie, facteur clef de la résilience

L’agroécologie réduit la dépendance aux facteurs de production. Le besoin limité en intrants extérieurs rend les exploitations agricoles familiales moins vulnérables aux perturbations des chaînes logistiques. De même, certaines pratiques culturales réduisent la dépendance à la main d’œuvre extérieure.

En rééquilibrant les systèmes de cultures et d’élevage et en permettant de produire plus et mieux sur de petites surfaces, l’agroécologie favorise la diversification et l’intensification de ces systèmes. Elle améliore ainsi la capacité à produire en quantité, en diversité, en qualité et en régularité tout en réduisant les risques liés à la dépendance extérieure et aux aléas.

Sécuriser la distribution en s’adaptant aux marchés de proximité

Le conseil en gestion permet aux exploitations familiales d’adapter leurs systèmes de culture et d’élevage à la demande des marchés et de sécuriser l’écoulement de leur production. En adaptant les productions à la demande locale et en diversifiant les circuits de commercialisation, les risques de rupture sont réduits et l’approvisionnement des marchés locaux est mieux sécurisé.

Mobilisation des acteurs du territoire

La montée en compétences de réseaux d’acteurs (décideurs, services agricoles, commerces, entreprises, exploitations agricoles, consommateurs…) qui mobilisent les ressources locales, donnent au territoire les meilleures chances de devenir résilient : on privilégiera alors des systèmes alimentaires territorialisés. Le développement des savoirs et notamment la sensibilisation des consommateurs à l’alimentation durable est aussi un enjeu majeur pour promouvoir les productions locales et agroécologiques.

Accélération de la transition

Cette agriculture familiale agroécologique, de proximité, bien intégrée dans les filières et les marchés de son territoire, peut répondre aux besoins alimentaires des populations tout en préservant l’environnement et en développant l’économie locale. Une transition vers cette agriculture s’impose plus que jamais, et le contexte de crise sanitaire pourrait en être l’accélérateur. Des arbitrages budgétaires défavorables à ce type d’agriculture sont à craindre dans certains pays car il est plus facile de revenir aux anciennes formules. Cela viendrait amplifier les conséquences négatives de la crise sur l’agriculture et la sécurité alimentaire. De même, des stratégies de relance rapide de la production fondées sur des modèles agro-industriels ou dépendantes d’importations massives fragiliseraient le tissu de production locale.

La bonne nouvelle est que cette transition agroécologique est déjà à l’œuvre, même si les ruptures entre pratiques et politiques publiques restent encore un frein pour qu’elle prenne sa véritable dimension.

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