Une pétition pour une meilleure régulation des aliments ultra-transformés
Le CFSI, aux côtés de plus de 40 associations de santé, de consommateurs, de lutte contre la précarité alimentaire et de défense de l'environnement, participe à une mobilisation inédite en faveur d'une meilleure régulation de l'alimentation ultra-transformée, menée par Foodwatch, Yuka, et France Assos Santé. Cette mobilisation s'articule notamment autour d'une pétition ayant déjà recueilli près de 130 000 signatures depuis fin avril, intitulée "Stop aux aliments ultra-transformés : protégeons notre santé !".
Qu'appelle-t-on "aliments ultra-transformés" ?
Les aliments ultra-transformés sont des produits industriels composés d'ingrédients ayant subi de nombreuses transformations et contenant des additifs tels que des colorants, édulcorants et exhausteurs de goût par exemple. Si ces procédés de transformation et additifs ont pour objectif d'améliorer la texture, l'aspect et le goût des aliments, ainsi que de prolonger leur conservation, ils sont fréquemment associés à une moindre qualité nutritionnelle, et présentent souvent des teneurs élevées en sucre, en sel, et graisses saturées, dont le lien avec certaines maladies chroniques (obésité, diabète de type 2, hypertension, cancers, etc.) a été mis en avant par de nombreuses études scientifiques.
La consommation de ces aliments en France et dans le monde s'est fortement accrue au cours des dernières décennies. En France, ils représentent environ 60 % de l'offre alimentaire, 35 % des calories consommées par les adultes, et près de 50 % de celles consommées par les enfants.
En Afrique, le surpoids et l’obésité ainsi que les carences en micronutriments sont devenus un véritable problème de santé publique en milieu urbain. La transition d’une alimentation rurale traditionnelle vers une alimentation urbaine obésogène et occidentalisée est en cours : plus de gras, de sucre, de viande, plus d’aliments raffinés industriels, plus de boissons gazeuses, plus de restauration rapide de rue, moins de fibres. On parle de double ou triple fardeau nutritionnel.
Le triple fardeau reflète la présence simultanée dans le même pays, la même famille et parfois chez le même individu, de :
- sous-nutrition (déficit énergétique et protéique) ;
- carences en micronutriments (fer, iode, vitamine A, folates, etc.) ;
- surnutrition (surpoids, obésité, diabète, hypertension, etc.).
D’après l’OMS, au niveau mondial, le nombre d’adultes obèses a plus que doublé depuis 1990, et le nombre d’adolescentes et adolescents obèses a été multiplié par quatre. Le surpoids constitue un facteur de risque majeur de maladies non transmissibles (MNT) telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète, les cancers, les troubles neurologiques, les affections respiratoires chroniques et les troubles digestifs. L'alimentation ultra-transformée est ainsi associée à d'importants coûts sanitaires.
Les demandes de la pétition
Malgré les risques associés à la consommation accrue d'aliments ultra-transformés, la régulation les concernant en France est très faible. Les acteurs de l'agro-industrie ont recours à différentes méthodes pour promouvoir leurs produits : marketing agressif, ciblage des enfants, lobbying à l'encontre des politiques de santé publique. Compte tenu de l'omniprésence et de la promotion massive des aliments ultra-transformés en France, Foodwatch, Yuka et France Assos Santé rejettent l'idée, défendue par les acteurs de l'agro-industrie, selon laquelle cette situation relèverait uniquement du "choix individuel". Elles estiment au contraire qu'il revient aux pouvoirs publics de protéger la santé de la population. Les trois organisations, ainsi que la quarantaine d'associations ayant rejoint la mobilisation, réclament les mesures suivantes :
- L'encadrement de la publicité pour les aliments ultra-transformés, en particulier celle qui cible les enfants (interdire la publicité à la télévision pour ces produits avant 21 h par exemple, ainsi qu'à proximité des écoles) ;
- L'interdiction des stratégies marketing incitatives sur les emballages des aliments ultra-transformés (l'utilisation de mascottes attractives pour les enfants par exemple) ;
- L'identification des aliments ultra-transformés grâce à un étiquetage obligatoire en face avant des emballages (en plus d'influencer les choix des consommateurs, de tels affichages inciteraient les industriels à améliorer leurs produits).
Certains pays, tels que le Chili, l'Argentine, le Pérou, le Royaume-Uni ou encore le Portugal, ont adopté des mesures similaires, réduisant ainsi l'exposition de leur population aux aliments ultra-transformés.
Découvrir et signer la pétition : "Stop aux aliments ultra-transformés : protégeons notre santé !"

Logos des soutiens de la coalition
L'engagement du CFSI
Si la pétition exige une action au niveau de la France, les aliments ultra-transformés sont un enjeu mondial de santé publique, et soulèvent des questions de souveraineté alimentaire. En effet, les multinationales agroalimentaires, majoritairement occidentales, exportent leurs produits à l'international et utilisent des méthodes de marketing agressives pour conquérir des parts de marché, avec des effets négatifs sur les marchés alimentaires locaux et sur la qualité nutritionnelle des régimes alimentaires de la population, tout en renforçant les interdépendances entre les pays. C'est pourquoi le CFSI plaide pour une transformation des systèmes alimentaires actuels en faveur de systèmes territorialisés et de l'agriculture familiale, mieux adaptés aux contextes locaux et respectueux de l'environnement et de la santé des consommateurs. Il porte notamment le programme Pafao (Promotion de l'Agriculture Familiale en Afrique de l'Ouest), conjointement avec la Fondation de France.
Le CFSI s'est également fortement impliqué dans la campagne "N'exportons pas nos problèmes", contre l'exportation par les agro-industriels européens de poudre de lait MGV (Matière Grasse Végétale), une poudre écrémée réengraissée à l'huile de palme et vendue 30 % moins cher que le lait local en Afrique de l'Ouest, fragilisant les filières laitières locales tout en présentant des qualités nutritionnelles amoindries.
Pour en savoir plus :
CFSI, "Les habitudes alimentaires de jeunes façonnent la santé de demain", 2025
The Lancet, "Ultra-processed foods and human health: the main thesis and the evidence", 2025
Foodwatch, "Aliments ultra-transformés : quel est le problème ?", 2025
CFSI, Mai 2026