La publication tant attendue de la Stratégie Nationale pour l’Alimentation, la Nutrition et le Climat
Après deux ans et demi de reports, de réécritures et d’arbitrages politiques, le gouvernement a enfin publié la Stratégie Nationale pour l’Alimentation, la Nutrition et le Climat (SNANC), le mercredi 11 février 2026. Présentée comme un levier majeur de transformation des systèmes alimentaires, elle suscite pourtant une forte déception au sein de la société civile, qui dénonce un manque d’ambition, de cohérence et de mesures contraignantes.
Quels sont les objectifs de la SNANC ?
Issue de la Convention citoyenne pour le climat, la SNANC fixe des orientations à l’horizon 2030 afin de « permettre à tous les Français d’accéder à une alimentation plus saine, plus durable et plus locale, tout en renforçant la souveraineté agricole et alimentaire du pays ».
À travers la SNANC, le gouvernement insiste sur l’importance du lien entre l’alimentation et la santé publique, la résilience des systèmes agricoles, les émissions de gaz à effet de serre et la biodiversité, ainsi que sur la nécessité de politiques associant l’ensemble des acteurs concernés pour transformer durablement les systèmes alimentaires.
Une mobilisation forte de la société civile
Dès le début de l’élaboration de la stratégie en 2023, des organisations issues de secteurs très divers – des organisations de consommateurs, de familles, de santé, de solidarité, de protection de l’environnement et du bien-être animal – se sont organisées afin d’appeler le gouvernement à publier une stratégie répondant réellement aux enjeux écologiques, de justice sociale et de santé publique. Cette mobilisation exceptionnelle de la société civile, que le CFSI a rejoint, a abouti à la publication de nombreuses notes, lettres ouvertes et tribunes adressées aux responsables politiques.
Ce que nous retenons au CFSI
Au CFSI, nous saluons notamment les orientations visant :
- À renforcer et accompagner les Projets alimentaires territoriaux (PAT) pour les transitions locales
- À veiller à un partage équitable de la valeur le long de la chaîne alimentaire jusqu’au consommateur final
- Informer le grand public sur les régimes et les comportements alimentaires favorables à la santé et à l’environnement
- À développer l’éducation à l’alimentation et à la nutrition afin de promouvoir une alimentation compatible avec des systèmes alimentaires durables
Ces orientations rejoignent les engagements portés depuis de nombreuses années par le CFSI à travers la campagne ALIMENTERRE, qui contribue à sensibiliser les citoyennes et citoyens, notamment les jeunes, à une agriculture et une alimentation durables et solidaires ainsi qu’à la compréhension des interdépendances de nos systèmes alimentaires mondialisés.
Des renoncements préoccupants
La SNANC déçoit cependant sur plusieurs points structurants. Initialement attendue en 2023, elle est finalement sortie en février 2026 à la suite de nombreux arbitrages politiques, dans un contexte de forte pression des lobbies de l’agro-industrie.
Les ambitions de la stratégie, reposants sur la concertation citoyenne, ont ainsi été revues à la baisse sur de nombreux sujets. Parmi les principales déceptions exprimées par la société civile suite à la publication de la SNANC :
- L’absence d’objectif chiffré pour la limitation de la consommation de viande ;
- Une prise en compte insuffisante de l’impact des aliments ultra-transformés sur la santé ;
- Le retrait des objectifs chiffrés pour restreindre la publicité autour de la malbouffe (présents dans les premières versions non publiées de la SNANC) ;
- Le manque de mesures contraignantes pour les acteurs économiques.
Un décalage entre stratégie et politiques publiques
Plus généralement, la publication de la SNANC laisse un goût amer en raison du contexte actuel de dérégulation des normes environnementales et sanitaires (lois Duplomb 1 et Duplomb 2, paquet Omnibus, loi d’urgence agricole...).
La stratégie a par ailleurs été publiée le même jour que le débat tant attendu sur la loi Duplomb à l’Assemblée Nationale, ce qui interroge quant à une possible tentative de diversion de la part du gouvernement.

Rassemblement de la société civile contre la loi Duplomb le 11 février 2026 à Paris, en face de l'Assemblée Nationale ©CFSI
Pour avoir un réel impact, la SNANC doit s’inscrire dans une politique économique et agricole cohérente, qui s’éloigne de l’agriculture intensive, fortement dépendante des pesticides, et qui affecte la santé des agriculteurs et agricultrices, des consommateurs et consommatrices, ainsi que des écosystèmes, en France comme à l’international.
En l’état, la SNANC ne constitue pas une stratégie de transformation, mais un cadre d’orientation sans leviers contraignants. Le gouvernement doit accompagner la mise en œuvre de cette stratégie par des objectifs précis, des mesures concrètes et des moyens financiers et règlementaires à la hauteur des ambitions affichées.
Découvrir la SNANC : https://agriculture.gouv.fr/SNANC-20252030
Pour en savoir plus :
Réseau Action Climat, SNANC : beaucoup d'angles morts marlgré certaines avancées, février 2026
CFSI, Février 2026