Transition agroécologique : comment dépasser les obstacles à la diffusion des pratiques ?
Étude/Rapport/Synthèse
Photo agroécologie

L'accumulation d'expériences positives sur les systèmes de production agroécologiques pose une question essentielle : si l'intérêt économique et écologique de ces systèmes est établi, pourquoi leur diffusion n'est-elle pas plus large ? Cette note du Ministère de l'agriculture s'appuie sur des modèles théoriques de diffusion des innovations pour y répondre. Les obstacles se situent tant au niveau des individus qu'à l'échelle des filières et du système agroalimentaire. L'entrée territoriale peut alors s'avérer pertinente pour amorcer un "déverrouillage" et favoriser l'émergence de systèmes locaux d'innovation.

 

La transition comme "apprentissage organisationnel"

Parmi les théories fréquemment utilisées pour analyser et appuyer la diffusion des pratiques agroécologiques, certaines issues de l'agronomie tentent de dégager des "séquences" typiques de transition. Ainsi, une étude sur la réduction des intrants en grandes cultures analyse les trajectoires en distinguant les phases suivantes : utilisation intensive d'intrants, raisonnement des pratiques, itinéraire technique intégré sur une culture, itinéraire technique intégré sur plusieurs cultures, production intégrée, agriculture biologique. Une condition importante de la pérennité semble en effet être la progressivité de la transition. Cette condition renvoie à la complexité des nouvelles configurations agroécologiques : même chez les agriculteurs expérimentés, l'agroécologie suppose une observation constante de l'environnement naturel à l'échelle de micro-territoires. 

Une seconde condition de réussite est l'implication dans des dynamiques collectives. Les essais conduits à la ferme seront d'autant plus nombreux et méthodiques si l'agriculteur s'est formé en groupe et/ ou est en contact avec d'autres agriculteurs ou conseillers. 

Une troisième série de conditions tient à la structure du système agroalimentaire dans lequel les agriculteurs doivent trouver leurs débouchés. Un schéma théorique est alors utile à l'analyse : celui du "régime socio-technique" ou du "verrouillage". 

 

Déverrouiller le système agroalimentaire français

La notion de "verrouillage" fait référence à un ensemble de mécanismes par lesquels le développement des alternatives de production et des innovations radicales d'organisation est inhibé et exclu. Parfois, en dépit de politiques publiques favorables, la technologie supérieure ne s'impose pas et ce pour différentes raisons : les technologies les plus répandues bénéficient de plus de R&D, de conseil ; ce sont elles qui forment les normes (celles de la grande distribution sur les fruits et légumes par exemple) ;  certaines pratiques agricoles peuvent tendre à s'auto-entretenir (des pesticides qui augmentent la pression parasitaire par exemple)...

 

Comment amorcer un déverrouillage ?

Un ensemble de travaux traitant du "management des transitions" a récemment essayé de dégager des stratégies de déverrouillage à partir d'exemple historiques. Les innovations dans le cadre d'un modèle dominant sont essentiellement incrémentales. Les réorientations potentielles de la trajectoire dominante proviennent d'expérimentations dans des "niches" où l'innovation radicale a pu se développer et être protégée. Ce courant de pensée aide à concevoir une stratégie d'ensemble dans laquelle l'action publique peut jouer à plusieurs niveaux :

- par des actions à un niveau global, qui peuvent être d'ordre réglementaire, fiscal, symbolique, politique,...

- par le soutien et l'accompagnement de niches d'innovations ;

- par la structuration d'interfaces visant à "hybrider" ces innovations de niche avec le modèle dominant. Par exemple, les formules "circuits courts" sont de plus de plus utilisées par la grande distribution. Les pouvoirs publics peuvent alors encourager une "recombinaison" du régime dominant avec des innovations radicales, au départ forcément locales. 

- par la remise en cause de la conception traditionnelle descendante de l'innovation en agriculture.

 

Le territoire, levier de changement ?

L'enjeu étant d'enfoncer un coin dans un jeu d'acteurs trop parfaitement alignés les uns sur les autres, la dimension territoriale prend une importance particulière dans les stratégies de déverrouillage. Les territoires sont les premiers lieux de "mise en réseau" de circuits de proximité qui peuvent être un levier utile pour la transition agroécologique. Cette transition impliquera une variété d'acteurs diversifiés : cette recherche de pluralisme dans la conduite de la transition constitue une nouveauté de nature à renouveler les dynamiques du monde agricole.

 

Creuser le sujet :

- Information, Produire autrement - L'agronomie est prête ... mais pas seule, 2013

- Tiré-à-part Alternatives économiques, Transition agricole et alimentaire - des alternatives pour nourrir le monde, 2013

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Informations sur le document

Florent Bidaud
8
2013
Ministère de l'Agriculture
Français

Jargonnette