Essorage de l'Afrique : chaque accaparement de terres cache un accaparement de ressources en eau
Étude/Rapport/Synthèse
GRAIN squeezing Africa dry

Sans eau, pas de production alimentaire. En Afrique, une personne sur trois souffre de la rareté de l'eau et le changement climatique va encore aggraver les choses. S'appuyer sur les savoirs locaux et les systèmes de gestion sophistiqués existants pourrait être une clef, mais ces systèmes sont balayés lors des grands projets d'acquisitions de terres, sous prétexte que l'eau serait abondante et sous-exploitée.

GRAIN tire la sonnette d'alarme dans ce nouveau rapport, derrière la course aux terres agricoles, c'est la course à la future denrée rare du 21ème qui se joue : l'eau sera bientôt plus convoitée que le pétrole ou l'huile.

Photo : La rivière Alwero en Ethiopie : le peuple Anuak pêche dans ses eaux et cultive ses rives depuis des siècles.

Le rapport prend l'exemple de la rivière Alwero dans la province du Gambela en Ethiopie qui représente à la fois l'identité et le moyen de subsistance du peuple Anuak. Certains sont des pasteurs, mais la plupart sont des agriculteurs qui se déplacent vers les zones plus sèches pendant la saison des pluies, avant de revenir sur les rives de l'Alwero. Ce cycle saisonnier agricole contribue à maintenir la fertilité des sols. Mais une nouvelle plantation détenue par le milliardaire saoudien Mohammed al-Amoud, irriguée avec de l'eau détournée de la rivière Alwero, pourrait tout bouleverser. En avril 2012, les mouvements de protestation autour du projet ont dégénéré en affrontements armés faisant cinq victimes.

Les tensions dans le sud-ouest de l'Ethiopie illustrent l'importance centrale de l'accès à l'eau dans la vague d'investissements fonciers. Ceux qui ont acheté des vastes étendues de terres agricoles ces dernières années, qu'ils soient basés à Addis-Abeba, Dubaï ou Londres, savent que leur accès à l'eau, souvent inclus dans la transaction et sans restriction, pourrait valoir bien plus à long terme que la terre elle-même.

"La valeur n'est pas dans la terre. La valeur réelle est dans l'eau." [1] analyse Neil Crowder de la société britannique Chayton Capital basée au Royaume-Uni, qui a acquis de terres agricoles en Zambie.

Les entreprises telles que Chayton Capital pensent que l'Afrique est le meilleur endroit pour trouver de l'eau. Le message répété lors de conférences d'investisseurs agricoles est que l'eau est abondante en Afrique : les ressources en eau seraient largement sous-utilisées et disponibles pour les cultures d'exportation à grande échelle.

Pourtant l'exemple du Nil montre la mise sous tension des ressources acquifères : alors que la FAO estime que son potentiel d'irrigation est de 8 millions d'hectares au total, 5 millions font déjà l'objet d'une exploitation et 8 autres millions d'hectares viennent d'être loués à des entreprises étrangères pour des plantations à grande échelle toutes destinées à l'exportation.

Quand le Nil s'assèche

[1] Neil Crowder, CEO Chayton Africa, Zamiba Investment Forum, 2011 http://vimeo.com/38060966

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2012
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