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Ressources naturelles et agroécologie

La faim étant une manifestation de l’extrême pauvreté, il est urgent de développer des systèmes de production qui restaurent les valeurs de respect et de dignité de ces populations aujourd’hui marginalisées, tout en préservant les ressources naturelles. A cela s’ajoute un défi d’efficacité car, selon les projections démographiques, nous serons 9 milliards d’humains en 2050, les pays connaissant la plus forte croissance étant aussi ceux dont les contextes socio-économiques sont les plus précaires. C’est ce triple constat qui explique le mouvement actuel en faveur de pratiques culturales dites agroécologiques.

L'agroécologie combine des réponses d'ordre technique permettant de concilier productivité, faible pression sur l'environnement, gestion durable des ressources naturelles et autonomie du paysan. Tout est ici question d'équilibre entre l'Homme, ses activités agricoles et la nature.

Les acteurs de terrain, organisations paysannes et associations de solidarité, confrontés à la fragilité des résultats des pratiques techniques classiques (augmentation des coûts de production, dépendance aux intrants chimiques importés, menaces sanitaires et environnementales) ont  depuis longtemps promu les pratiques agroécologiques. Ces pratiques rencontrent aujourd’hui de plus en plus de soutiens au sein des gouvernements, des grandes institutions (FAO, Banque mondiale) et des instituts de recherche agronomique.

Pour satisfaire les besoins de l’humanité en 2050, peu d'experts estiment en effet possible une forte extension de l'espace cultivé ou un prolongement de de ce que l'on a appelé la Révolution Verte. Au Nord comme au Sud, avec l'emploi massif des intrants chimiques, le potentiel des variétés à haut rendement tend aujourd'hui à être atteint : les hausses de la production à l'hectare plafonnent et n'excèdent nulle part 1 % par an. En raison des dégradations de l'environnement, les rendements peuvent même régresser. "La plupart des systèmes de production agricole compromettent la capacité de la Terre à produire suffisamment de nourriture dans le futur", avertit le Standing Comittee on Agricultural Research (SCAR).

Pour Olivier De Schutter, Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, « les preuves scientifiques actuelles démontrent que les méthodes agroécologiques sont plus efficaces que le recours aux engrais chimiques pour stimuler la production alimentaire dans les régions difficiles où se concentre la faim. » Comparant les résultats de 286 projets récents d'agriculture durable dans 57 pays pauvres, une équipe de l'université d'Essex, au Royaume-Uni, a constaté que l'agroécologie avait entraîné une augmentation moyenne des récoltes de 79 %.

L'inflexion du discours des bailleurs de fonds et de la communauté scientifique se traduira-t-elle par des soutiens concrets ?