Brèves

28/03/13
Patates douces en Tanzanie, © Morgana Wingard

Dix ans après la Déclaration de Maputo dans laquelle les Etats africains s’engageaient à allouer au moins 10 % de leur budget au développement agricole et quatre ans après la promesse du G8 d’y consacrer 22 milliards de dollars sur 3 ans, quelle est la situation agricole et alimentaire en Afrique ?

ONE, une coalition d’organisations de la société civile luttant contre la pauvreté et créée à l’initiative de Bono et Bob Geldof en 2000, tente d’apporter une réponse polie à cette question avec le rapport A Growing Opportunity: Measuring Investments in African Agriculture.

Les constats de ONE peuvent se résumer en quelques points essentiels :

  • l’agriculture africaine a fait l’objet de centaines de conférences et de réunions produisant des masses de documents, dont les plus opérationnels sont les plans nationaux agricoles (PNA) formulés dans près de 25 pays. Mais les processus de formulation des PNA sont souvent peu participatifs et seuls quelques-uns de ces plans sont réellement opérationnels ;
  • seuls 4 des 19 pays analysés ont alloué au moins 10 % de leur budget à l’agriculture (Ethiopie, Niger, Malawi et Cap Vert) alors que d’autres (Nigeria, Liberia, Ghana) consacraient moins de 2 % de leur budget à ce secteur qui fait pourtant vivre la majorité des africains ;
  • les pays membres du G8 n’ont déboursé que 11 milliards de dollars sur les 22 promis, et très peu en plus des fonds d’aide habituels.

En dépit de tout cela, l’agriculture a connu une croissance notable dans la plupart des pays étudiés (6 % par an entre 2008 et 2010 dans 13 des pays étudiés). Le rapport ne fournit pas d’explication claire de ce paradoxe et l’on peut s’étonner que les auteurs aient omis :

- de parler de l’investissement privé et en donnant l’impression que ce sont les ressources publiques (budget national et aide internationale) qui sont la principale source de l’investissement agricole. Or les 3/4 des investissements agricoles sont privés, effectués tant par les paysans eux-mêmes que par des entreprises privées, et que l’Afrique a été la région la plus concernée par le phénomène d’accaparement des terres ;

- d’expliquer que l’augmentation des prix agricoles observée depuis 2005 a contribué à rendre l’agriculture de plus en plus rentable et susceptible d’attirer des masses énormes de capitaux financiers ;

- d’aborder le rôle capital des politiques agricoles pour créer un environnement propice à l’investissement agricole. De ce point de vue, les résultats des analyses menées par la FAO dans le cadre de son projet «Suivi des politiques agricoles et alimentaires en Afrique» (SPAAA) montrent que les politiques en place tendent encore à pénaliser l’agriculture en ne donnant pas de véritables incitations aux producteurs, bien au contraire.

Source : d'après une Brève de Materne Maetz publiée sur la faim expliquée

Photo: Patates douces, Tanzanie, © Morgana Wingard
22/03/13
députés européens vote de la PAC

Le 13 mars, le Parlement européen a manqué d’ambition dans son vote sur la réforme de la politique agricole commune (PAC) de l’UE, tant dans le plafonnement des aides à un montant bien trop élevé (300 000 €), que par des mesures de verdissement trop timides (refus de la rotation des cultures). La logique agro-intensive actuelle n’est pas remise en question. Le Parlement européen a également balayé d’un revers de la main les amendements qui visaient à prendre en compte l’impact de la PAC sur les pays du Sud.

L’agriculture européenne, tant par sa dépendance aux importations (soja surtout) et sa logique d’exportations (produits laitiers, viande, céréales,…), impacte lourdement les petits producteurs des pays en voie de développement. L’objectif des amendements proposés par la Commission Développement était que la nouvelle PAC intègre des garde-fous sur l'impact au Sud.

Il s’agissait principalement de mettre en place un système d’évaluation et un mécanisme de plaintes. Le mécanisme d’évaluation devait permettre de relever les incidences de la PAC sur « la capacité de production alimentaire et sur la sécurité alimentaire à long terme des pays en voie de développement, particulièrement au niveau des petits producteurs locaux » (amendement 220). Le mécanisme de plainte accordait « aux petits exploitants et groupes touchés issus des pays en voie de développement le droit d’être reçu par un rapporteur auprès du Parlement sur la cohérence des politiques » (amendement 219). Il s’agissait aussi de refuser tout subvention à l’exportation vers les pays en voie de développement « si l’exportation risque de nuire aux producteurs locaux » (amendement 473).

Tous ces amendements ont été rejetés : 434 voies contre le système d’évaluation, 426 voies contre le système de plaintes et 472 voies contre la suppression des restitutions aux exportations. 

À un an des prochaines élections européennes, ce manque de courage politique de la part de nos représentants élus questionne… Plus encore, il nous invite à redoubler de mobilisation politique mais aussi d’initiatives citoyennes en faveur de modèle agricole soutenable qui peine à s’imposer.

D'après un article de SOS FAIM

Voir aussi la brève Dernière chances d'avoir une PAC solidaire avec le Sud

Voir aussi le communiqué de PAC 2013 Votes du Parlement Européen : des inflexions qui ne suffisent pas à légitimer la Politique Agricole Commune

20/03/13
Mokhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale © Reuters

Le nouveau rapport de la Banque mondiale intitulé «Growing Africa: Unlocking the Potential of Agribusiness» exhorte les gouvernements africains à revoir leurs politiques agricoles, en particulier en mettant un accent beaucoup plus grand sur l'agro-industrie comme moteur du développement futur. Si cela peut générer un boom productif, cela ne conduira certainement pas à réduire la pauvreté et la faim, ni à engager le continent sur la voie d'un développement durable.

Photo ci-contre : Mokhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale : « Le temps est venu de faire de l'agriculture et des entreprises agricoles africaines un catalyseur pour mettre fin à la pauvreté » © Reuters

Promotion d'un modèle libéral d'agriculture industrielle...

Les auteurs du rapport font miroiter la possibilité de tripler la valeur des secteurs agricole et agro-industriel à l’horizon 2030.  Cette production serait absorbée par la forte croissance de la consommation des villes africaines et l’exportation vers un marché mondial dynamique caractérisé par des prix élevés. Les recommandations à l’usage des décideurs sont dans la ligne traditionnelle de la Banque mondiale, cherchant à répliquer localement le système agroalimentaire dominant au niveau mondial (Voir la présentation du rapport). Malgré quelques passages sur les populations locales et l’agriculture familiale, on voit se dessiner le modèle que la Banque mondiale cherche à promouvoir en Afrique : attirer des grands investisseurs en vue d’exploiter les richesses locales dans un cadre de dérégulation et d’ouverture extérieure, à partir de l’application de technologies agricoles de l’agriculture industrielle conventionnelle, pour ne laisser aux populations rurales que l’option du salariat ou une migration accélérée vers les villes.

... n'offrant pas de réelle perpective de réduction de la pauvreté.

Si cette recette est certainement susceptible de créer un boom productif pour alimenter les marchés urbains nationaux et le marché mondial, et de générer des profits considérables pour une minorité, n’oublions pas que croissance ne veut pas dire réduction de la faim. A preuve : alors même que l’Afrique connaissait pendant la première décennie de ce siècle une croissance du revenu moyen par tête de 5 % par an en moyenne, le nombre de personnes souffrant de la faim augmentait de plus de 30 millions... Le rapport se réfère à des modèles dont l’Afrique devrait s’inspirer tels que le Brésil ou l’Indonésie. Mais sont-ce là les modèles d’un développement durable qu’il faudrait souhaiter pour l’Afrique ? Il est permis d’en douter.

D'après une brève de Materne Maetz publiée sur La faim expliquée

A lire / à voir :

- Davos : une "nouvelle" révolution verte souhaitée par l'agrobusiness pour l'Afrique, brève d'actualité du 8 février 2013

- L'appât du grain, rapport de l'ONG Entraide et Fraternité, janvier 2013

- Olivier De Schutter dénonce le comportement de l'agrobusiness, interview vidéo, Entraide et Fraternité, janvier 2013

20/03/13
Paysans dans un champ © Neil Palmer

Depuis leur création au début des années 90, les statistiques de la faim publiées par la FAO font l’objet de vives critiques. L’emblématique nombre de personnes sous-alimentées publié par la FAO résulte en effet d’estimations indirectes qui reposent essentiellement sur la comparaison entre les disponibilités et les besoins alimentaires. La méthode d’estimation a été remaniée en 2012 ce qui a amené la FAO à recalculer ses séries temporaires : la faim reculerait selon cette nouvelle série de chiffres, alors qu’elle était en augmentation avec l’ancienne série.

Les normes de besoins alimentaires, basées sur des niveaux d’activité qui correspondent à un mode de vie urbain, ont été remis en question, en particulier par un agroéconomiste ayant longtemps travaillé à la FAO. Le chiffre de 870 millions, de personnes sous-alimentées qui a été publiée fin 2012 (L’état de la sécurité alimentaire dans le monde) et largement repris dans la presse, serait ainsi sous-estimé.

La FAO va expérimenter une nouvelle méthode, directe, sur la base d’un échantillon de 1 000 personnes par pays à qui l’on posera toute une série de questions qui devraient permettre d’avoir un tableau plus fidèle et plus complet de la faim. Les chiffres devraient également être disponibles bien plus vite qu’à l’heure actuelle où les chiffres publiés se réfère toujours à une situation qui remonte à environ deux ans.

La liste des questions posées pourra encore être améliorée lors du test qui sera conduit dans quatre pays d’Afrique (Angola, Éthiopie, Malawi et Niger) avant que l’enquête ne soit menée dans plus de 150 pays sur un échantillon de 160 000 personnes. On disposera alors pour la première fois d’une estimation de la faim par une même méthode directe appliquée dans le monde entier et il sera intéressant de la comparer aux résultats de la méthode ancienne.

D’après une brève de Materne Maetz publiée sur La faim expliquée

Voir aussi Le nombre d’affamés dans le monde semble plus proche de deux milliards que de 870 millions

15/03/13
Photo champ de blé

L'indice des prix alimentaires mondiaux de l'Organisation des Nations-unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), publié le 7 mars, est resté stable au mois de février, à un niveau légèrement inférieur par rapport au mois de février 2012. La stabilité est la tendance qu'affiche l'évolution des prix alimentaires internationaux depuis le mois de novembre 2012.

La FAO a dans le même temps publié de nouvelles estimations de la production mondiale de blé pour 2013. Celle-ci devrait s'établir à 690 millions de tonnes, soit à un niveau de 4,3 % supérieur à celui de la campagne de 2012, faisant du blé la deuxième céréale la plus cultivée au monde, devant le riz et derrière le maïs. Cette hausse estimée de la production est principalement due à la croissance des surfaces cultivées en Europe, favorisée par les prix élevés du blé sur les marchés internationaux.

Brève de la lettre heddo n°431 d'Afdi