Brèves

13/05/16
camion transportant des sacs de coton OGM © Margaux Aline

Les OGM n'étaient jusqu'au début des années 2010 que très peu présents sur le continent africain, où ils suscitaient une certaine réticence, notamment à cause de la mauvaise expérience du Burkina Faso. En effet l'introduction en 2008 du coton Bt, une variété GM résistante aux ravageurs et dont les rendements devaient être plus élevés, a en fait entrainé une perte de qualité du coton burkinabé autrefois très bien côté, qui a conduit à d'importantes pertes de parts de marché. (1) Il semble cependant que les firmes semencières gagnent actuellement du terrain en matière d'introduction de semences OGM en Afrique.

Une nouvelle menace se dessine …

Une règlementation facilitant l’introduction des OGM dans l’ensemble des États membres de l’UEMOA, de la Cédéao et du Cilss est sur le point de se mettre en place.  En effet, les ministres de l’UEMOA ont validé en février 2015 un « projet de règlement portant prévision des risques biotechnologiques en Afrique de l’Ouest ». Bientôt, les États n’auront plus le pouvoir de décider s’ils s’ouvrent ou non aux OGM :

- article 8 : « Chaque État membre accepte sur son territoire tout OVM (organisme vivant modifié) et produit dérivé […] lorsque l’État exportateur, en collaboration avec l’État importateur, prouve à ce dernier que cet OVM et produit dérivé est légalement fabriqué ou commercialisé sur son territoire » ;

- article 9 : « Les OVM et produits dérivés circulent librement sur le territoire de la communauté ».

Il suffit donc pour Monsanto de faire des tests concluants au Burkina pour pouvoir commercialiser ses produits partout.

La Copagen, une coalition d’ONG et de syndicats ouest-africains agissant en faveur de la protection du patrimoine génétique, est réticente vis-à-vis de cette règlementation : « Il suffira qu’un seul pays commercialise un type d’OGM pour qu’il inonde l’ensemble de la sous-région ».

Il semble que le texte pourrait être adopté avant fin 2016, tant par l’UEMOA que par la Cédéao. 

 

(1) Voir brève La fin du coton transgénique au Burkina Faso, février 2016

 

Source : Rémi Carayol et Marion Douet, 2016, « OGM, l’Afrique à tout prix », Jeune Afrique, n°2885-2886 (24 avril au 7 mai 2016), p. 30-31

26/02/16
Tomates 1€ © Bastien Breuil

En février 2016, l’observatoire des prix et des marges de la production alimentaire a rendu son rapport annuel « l’Euro alimentaire ». Il analyse les parts revenant à l’agriculture, à l’industrie, au commerce, aux produits importés et au fisc pour un euro dépensé en alimentation. En plein contexte de crise agricole, les chiffres (basés sur des données de 2012) sont révélateurs.

 

Nos dépenses d’alimentation nourrissent surtout l’aval des filières agricoles 

Sur 100 euros dépensés en nourriture, 56 sont captés par les activités de transformation, transport et commerce. À cela s’ajoutent 14,40 euros d’intrants agricoles (pesticides, engrais, alimentation pour bétail, etc) et 9,30 euros de taxes, pour ne laisser que 20,50 euros à la production agricole. Si on raisonne en valeur ajoutée pour chacun des acteurs de la filière, le constat est plus alarmant. Une fois ôtés les 29,6 % qui partent dans les produits importés et les 9,3 % de taxes, la part de création de valeur pour l’économie nationale (61,1 %) est constituée à 34,4 % d’activités commerciales et de services et 16,4 % d’activités industrielles. Il reste donc moins de 10 % pour l’agriculture. Autrement dit, sur 100 euros de dépenses alimentaires réalisées en France, 8,20 euros reviennent aux agriculteurs.

L’accroissement de « la distance entre agriculture et alimentation »

C’est une tendance lourde depuis 2010, année de la création de l’observatoire : l’alimentation crée des activités et des revenus dans toute l’économie nationale, mais avant tout dans le tertiaire et l’industrie agro-alimentaire, éloignant de plus en plus les agriculteurs des consommateurs. Les salaires bruts induits par la consommation alimentaire sont représentatifs : sur une masse salariale de 61,3 milliards d’euros versée dans l’économie nationale en 2012, 63 % sont captés par le commerce et les services, 21 % par l’industrie. L’agriculture (et la pêche) ne représentent que 6 % des salaires induits par la consommation alimentaire finale.

Cette distance croissante entre agriculture et alimentation est aussi géographique. Les importations de produits alimentaires et d’intrants agricoles sont en constante augmentation. S’ils représentaient à peine 25 % de la valeur des dépenses alimentaires il y a quinze ans, ils pèsent aujourd’hui pour près d’un tiers.

Vers une répartition équitable de la valeur ajoutée entre branches du secteur agro-alimentaire ?

Les agriculteurs sont pris en tenaille entre un modèle de production dominé par quelques firmes multinationales qui les obligent à importer de nombreux intrants, et une logique du moindre coût qui pousse les acteurs de l’aval à exiger des prix bas pour les matières premières agricoles. Pour ne rien arranger, les consommateurs préfèrent aussi souvent accorder la plus petite part possible de leur budget à leur alimentation, en particulier en temps de crise économique. En France comme ailleurs, les agriculteurs, premiers maillons de la chaîne alimentaire, sont presque toujours la variable d’ajustement, ceux qui doivent baisser leurs marges, parfois jusqu’à l’insolvabilité. Alors que faire pour enrayer ce cercle vicieux ? Encore et toujours, valoriser l’agriculture paysanne, peu consommatrice d’intrants et créatrice d’emploi, négocier des accords de partenariat entre les producteurs et l’aval, pour des échanges commerciaux qui ne soient pas uniquement basés sur la compétition et la rentabilité à court terme. Et sensibiliser les consommateurs, pour que la distance entre les champs et leurs assiettes ne soit plus un obstacle à l’avenir des campagnes.

 

Sources : Alterecoplus, OFPM, Le Monde

 

Creuser le sujet :

- Rapport, L'Euro alimentaire, OFPM, 2016

- S'informer, Une nouvelle crise des prix alimentaires : le temps est venu de placer les êtres humains au centre du système alimentaire, Nyeleni, 2011

- Témoignage, Volatilité des prix alimentaires : 3 questions à Laurent Levard du GRET, CFSI - GRET, 2011 

- S'informer, Volatilité des prix alimentaires : la guerre des analyses, Inter-Réseaux, 2011

- S'informer, Faim et politique : mobilisations et instrumentations, IRD, 2010

 

03/02/16
récolte de coton au Burkina Faso ©IRD

Les compagnies cotonnières burkinabées ont décidé d’arrêter complètement, d’ici 2018, les cultures de coton transgénique Bt vendues par Monsanto. D’après un rapport de deux professeurs américains, Brian Dowd-Uribe et Matthew Schnurr, rendu public par le journal African Affairs de l’université d’Oxford, la principale raison de ce revirement est la qualité inférieure des fibres obtenues avec le coton GM par rapport aux cultures non OGM. Une première étape du recul des OGM en Afrique ?

Le coton transgénique fait perdre des marchés aux cultivateurs burkinabés

Commercialisé par Monsanto au Burkina Faso en 2009, après une série d’essais considérés comme satisfaisants, le coton Bt n’a finalement pas tenu ses promesses. La modification génétique qui devait le rendre résistant aux parasites (et donc augmenter ses rendements tout en limitant l’usage de pesticides), a aussi eu pour effet de lui faire perdre de sa qualité, par un mécanisme que la firme américaine a d’ailleurs elle-même du mal à expliquer. Le coton burkinabé cultivé avant 2009 était réputé pour sa qualité supérieure : la partie la plus recherchée, les fibres de taille longue, représentait 42 % par unité de poids de coton vendues. Avec le coton transgénique, ce pourcentage est descendu a à peine un tiers. Les compagnies cotonnières ont donc rencontré des difficultés importantes à vendre ce produit de moins bonne qualité. Ironie du sort, les rendements étant restés importants, les cultivateurs se sont retrouvés avec des stocks considérables d’un coton mal réputé sur les marchés, dont le prix a été tiré vers le bas, avec des conséquences économiques catastrophiques.

La réaction des compagnies cotonnières : retour de bâton pour Monsanto

La sonnette d’alarme avait été tirée par différents organismes nationaux et internationaux, depuis le début des années 2000 : l’échec du coton Bt n’est pas l’apanage du Burkina. L’organisme Grain et le rapport publié par African Affairs font état en Afrique du Sud, en Inde et dans plusieurs des vingt-deux autres pays concernés par la commercialisation de cette variété, de ses conséquences économiques désastreuses pour les agriculteurs. Devant l’incapacité de Monsanto à résoudre les travers de ce coton, et face au mécontentement des cultivateurs, les compagnies burkinabées ont décidé d’abandonner radicalement les semences transgéniques. Une baisse de 53 % des achats de coton Bt est prévue pour cette année, puis de 30 % l’année suivante, pour arriver à un retour complet aux cultures non-OGM en 2018. Pour aller encore plus loin, les compagnies cotonnières du Burkina réclament 280 millions de dollars de dommages et intérêts au géant américain des semences, dans le but de compenser les pertes économiques enregistrées depuis 2009 !

Y aura-t-il un effet domino ?

Au moment où de nombreux pays africains sont en pleine discussion sur le développement ou non des cultures OGM, leur abandon par le Burkina Faso, qui en était l’un des plus fervents défenseurs, remet sérieusement en cause ces technologies. Pour Brian Dowd-Uribe et Matthew Schnurr, la confiance de l’opinion publique risque d’être altérée un peu partout sur le continent, ce qui pourrait avoir « des implications significatives pour le futur des cultures OGM en Afrique ». Quant au débat sur la souveraineté alimentaire des pays africains, il est une fois de plus ouvert, et relayé par les acteurs de la société civile, qui saluent avec enthousiasme « une nouvelle de grande portée ».

Sources : Les amis de la Terre, ABC burkina, African Affairs, Grain

Creuser le sujet :

- S'informer, Les burkinabés en marche contre les OGM, CFSI, 2015

- S'informer, Le coton OGM ne tient pas ses promesses, Transrural Initiatives, 2012

- Rapport, Bt Cotton, the facts behind the hypes, Grain, 2007 (en anglais)

- Sensibiliser, Des OGM dans mon assiette? Comprendre l'étiquetage des aliments, Inf'OGM, 2013

29/01/16
Plateaux de cantine scolaire

Le 14 janvier dernier, l’Assemblée Nationale a adopté à l’unanimité une proposition de loi portée par la députée EELV Brigitte Allain, qui prévoit à l’horizon 2020 que 40 % des produits alimentaires proposés dans la restauration collective soient issus d’une agriculture durable et locale, dont   20 % au moins soient aussi biologiques. Sept millions de français qui prennent chaque jour un repas à la cantine sont concernés.  

Le bio-local existe déjà dans les cantines mais ne s’impose pas

En 2006, 4 % des établissements proposant un service de restauration collective (groupes scolaires, hôpitaux, etc) incluaient ponctuellement dans leurs menus des aliments issus de l’agriculture biologique. Dix ans plus tard, plus de la moitié des cantines françaises ont adopté cette pratique. Loin d’être devenus la norme, les aliments biologiques ne représentent cependant, en volume, que 2,4 % des produits achetés. A la suite du Grenelle de l’environnement de 2012, le ministère de l’Agriculture avait pourtant déjà fixé un objectif de 20 % d’alimentation biologique dans les cantines, à travers le programme « Ambition bio 2017 ». Le constat n’est pas meilleur pour les aliments locaux, avec des cantines qui continuent d’importer de la viande polonaise ou chinoise. Plusieurs raisons expliquent cette difficile progression : manque de volonté politique au sein des collectivités territoriales, accentué par une grande méconnaissance des outils existants pour faciliter la mise en réseau des agriculteurs locaux avec les établissements de restauration collective.

Une demande forte de la société

La proposition de loi est soutenue par de nombreuses associations, dont Agir pour l’Environnement ou le Mouvement interrégional des AMAP, qui ont lancé une pétition signée par plus de 110 000 personnes en une semaine. À cela s’ajoutent les revendications plus anciennes d’associations de parents d’élèves ou de consommateurs, qui souhaitent de plus en plus savoir qui produit ce qu’ils mangent et dans quelles conditions. Le succès des AMAP ou de la vente directe s’explique ainsi par le fait que pour près d’un français sur deux, l’achat au producteur est un gage d’assurance de la qualité et de l’origine du produit. Le rapport préparatoire à la proposition de loi fait d’ailleurs état d’une « défiance à l’égard de pratiques industrielles uniquement axées autour du toujours moins cher », qui amène 91 % des personnes interrogées lors d’un sondage de la Fondation Max Havelaar à considérer que consommer responsable se traduit par l’achat de produits locaux.

Un atout pour l’emploi rural et le lien social

Au-delà de l’amélioration de la qualité et de l’impact environnemental de l’alimentation proposée dans les cantines, cette loi est aussi l’occasion de dynamiser l’agriculture locale, en termes d’emploi et de revenus. Structurer des circuits courts entre les agriculteurs et les établissements de restauration collective permettra en effet d’assurer des débouchés fixes aux producteurs, tout en limitant le nombre d’intermédiaires. Mais il ne s’agirait pas uniquement d’une dynamisation économique : pour les agriculteurs, une profession en recherche de reconnaissance sociale, c’est aussi l’occasion de valoriser leur métier et de construire des liens avec ceux qui consomment leurs produits.

La proposition de loi doit encore passer au Sénat et sera adoptée dans l’année. La suite au prochain épisode !

 

Sources : Rapport parlementaire, Bastamag, Libération

 

Creuser le sujet :

- Rapport, Et si on mangeait local..., Assemblée Nationale, 2015

- Etude, Des menus responsables dans votre RU, REFEDD, 2012

- Témoignage, Tata Yawo Ametoenyenou : la promotion des produits locaux auprès des consommateurs, CFSI, 2014

- Sensibiliser, Le petit guide pour vos amis biosceptiques, Corabio, 2012

 

21/12/15
Les biocarburants, c'est bio ? Campagne ALIMENTERRE 2012 © Starting Block

Vous êtes de plus en plus nombreux à fréquenter le site ressources ALIMENTERRE animé par le CFSI. En cette fin 2015, nous allons dépasser la barre symbolique des 100 000 visites annuelles.

Nous nous efforçons de mettre à votre disposition les outils de sensibilisation les plus pertinents sur les enjeux agricoles et alimentaires, des brèves qui apportent un éclairage original sur l’actualité, les synthèses des textes de référence qui font bouger les lignes, et de l’information sur la richesse des innovations locales et paysannes en provenance directe des projets soutenus par le CFSI et la Fondation de France en Afrique de l’Ouest.

Les résultats de ces projets mis en œuvre par les membres du CFSI et leurs partenaires démontrent qu’il possible de nourrir des villes en forte croissance par une agriculture familiale durable et innovante. Ces données sont utilisées par les organisations paysannes ouest-africaines pour obtenir des changements de politiques en faveur de l’agriculture familiale.

Pour que l’expérimentation de systèmes alimentaires durables et diversifiés continue et s’élargisse au plus grand nombre grâce à la sensibilisation du public et des décideurs politiques, nous avons besoin de votre soutien.

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