Brèves

14/06/13
Perspectives agricoles de l'OCDE et de la FAO

Selon les Perspectives agricoles de l'OCDE et de la FAO, publiées le 7 juin, la production agricole mondiale devrait croitre plus lentement au cours de la prochaine décennie, comparativement à la période 2003-2012. Elle devrait en effet afficher un taux de 1,5 %, contre 2,1 % pour la première décennie des années 2000.

Le rapport explique cette tendance par « l'aggravation des contraintes de ressources et des pressions exercées sur l'environnement, le manque de superficies agricoles supplémentaires et la hausse des coûts de production ». Les prix des produits alimentaires devraient rester élevés à moyen terme. La publication prévoit également que le secteur agricole devrait être de plus en plus influencé par les dynamiques du marché international et moins dépendant des politiques nationales.

D'après les auteurs, ce contexte offre des opportunités importantes pour les pays en développement « compte tenu de la hausse de leur demande de produits alimentaires, du potentiel de croissance de leur production et de leurs avantages comparatifs sur de nombreux marchés mondiaux ». Leur place dans la production agricole et les marchés alimentaires internationaux devrait ainsi se renforcer, des pays comme la Chine jouant les tous premiers rôles.

Source : Brève de la lettre heddo n°444 d'Afdi

A lire aussi sur le Blog de FARM : Changements structurels dans les échanges agricoles mondiaux

12/06/13
Rencontre de la dynamique avec Piebalgs

En prélude à l’Assemblée Parlementaire Paritaire UE-ACP qui se tiendra du 17 au 19 juin 2013 à Bruxelles, certains représentants des organisations paysannes d’Afrique de l’Ouest sont déjà dans la capitale européenne pour faire valoir leurs priorités auprès de la Commission européenne.

Photos ci-contre : rencontre de la "Dynamique" avec le Commissaire européen Piebalgs en mai 2012 / Marché au Togo

Les organisations paysannes ouest-africaines et les organisations de solidarité internationale partenaires ont identifié l’Assemblée parlementaire paritaire Union Européenne (UE) – Afrique Caraïbes Pacifique (ACP) comme une cible pertinente et fédératrice pour la poursuite de leur plaidoyer. Ensemble, ils ont désigné cette initiative « la Dynamique Afrique de l’Ouest ».  Au fil des sessions, les parlementaires ACP ont identifié les organisations paysannes comme des interlocuteurs vers lesquels elles se tournent pour inspirer les politiques de soutien à l’agriculture.

Côté politique coopération, les membres de la Dynamique participent ce jeudi 13 juin à une journée d’échange autour du programme : "Alliance Globale pour l’Initiative et la Résilience" (AGIR) soutenu par l’Union Européenne. Cette initiative vise à accélérer la mise en œuvre coordonnée d’une série d’instruments indispensables à une sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest. «La particularité de cette rencontre, c’est de formaliser les attentes des Organisations paysannes vis-à-vis  du 11ème FED qui est l’outil financier de la coopération européenne dans les pays ACP», souligne Jean-Jacques Grodent, de SOS Faim Belgique.

Les pays représentés sont le Sénégal, le Mali, le Niger, le Togo, le Bénin, le Burkina Faso, la Gambie, le Ghana. A noter la participation également de certaines organisations agricoles de la sous-région ouest africaine, notamment le Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs Agricoles (ROPPA) et le Hub Rural. Les partenaires du Nord qui soutiennent les Plates-Formes dans les actions de la Dynamique sont VECO, CFSI, SOS-Faim et CTA.

Au niveau du Togo, après un diagnostic de l’agriculture togolaise, la Coordination Togolaise des Organisations Paysannes et de Producteurs Agricoles (CTOP) souhaite que le 11ème FED permette :
- d’améliorer la productivité agricole et la compétitivité : faciliter l’accès aux intrants de qualité, la maîtrise de l’eau, faire la promotion de la gestion intégrée de la fertilité des sols, résolution des problèmes fonciers ; petite mécanisation des exploitations familiales ;
- de renforcer le rôle et les capacités des producteurs et organisations paysannes afin qu’ils soient à la hauteur des défis du secteur agricole et qu’ils puissent tirer le maximum des profits de la chaîne de valeur générée au niveau des filières ;
- de favoriser l’accès au financement adapté des exploitations familiales : mise en place de fonds de garantie; mise en place de banque agricole avec des conditions adaptées au milieu paysan ;
- d’améliorer l’accès aux  équipements performants de transformation des produits : formation des transformateurs sur la gestion de leurs unités ;
-  d’appuyer la mise en place de laboratoire d’analyse de la qualité physico-chimique et microbiologique des produits, accès aux emballages adaptés, la qualité dans la chaîne, le respect des normes…

D'après un communiqué de presse de la CTOP

30/05/13
à Tanda, village d'une tribu Bihor, Jharkhand © Magali Audion

Dixième puissance économique mondiale, puissance informatique et nucléaire, ainsi que premier exportateur mondial de riz en 2012, l’Inde est aussi le pays au monde où vivent le plus grand nombre de personnes sous-alimentées.

Photo ci-contre : hommes d'un village adivasi (tribu Bihor) dans le Jharkhand © Magali Audion

Alors que la croissance économique est estimé à 7 % par an et le PIB par habitant à plus de 3 500 dollars, 17,5% des d’indiens, majoritairement ruraux, soit 217 millions de personnes, vivent sans manger à leur faim. L’agriculture emploie toujours 60 % des indiens alors qu’elle représente moins d’un cinquième du PIB. Les personnes vivant de l’agriculture disposent donc de 13 fois moins de revenu par rapport au reste de la société. Le gouvernement indien a depuis longtemps des programmes de nutrition pour les enfants entre 3 et 6 ans mais on estime que le taux de malnutrition infantile de l’Inde est pratiquement cinq fois supérieur à celui de la Chine et deux fois plus élevé qu’en Afrique subsaharienne. Les filles, les ruraux, les basses castes, les intouchables et les tribus autochtones (les adivasi) sont les plus touchés, surtout dans les Etats du Nord-Est. Le manque d’éducation et la maltraitance des femmes sont souvent mis en avant pour expliquer cette forte malnutrition infantile.

Certes, l’Inde a fait d’énorme progrès quand on se souvient que près du tiers de la population indienne était sous-alimentée en 1990. Elle constitue un véritable laboratoire d’innovations pour inclure davantage les classes défavorisées dans l’économie. Des efforts sont également en cours au niveau fédéral pour mettre en place des lois en vue de la restitution aux tribus autochtones de leurs droits sur les ressources forestières dont elles ont été spoliées. Ainsi le Recognition of Forest Rights Act a été promulgué en 2008, mais son application sur le terrain reste de la responsabilité des Etats qui, d’après la Constitution, administrent le foncier et l’agriculture. Beaucoup reste à faire pour que la situation alimentaire en Inde soit mise en cohérence avec son statut de puissance émergente.

Source : D'après une brève de Materne Maetz publiée sur lafaimexpliquée.org

 

A lire aussi :

- le rapport d'Oxfam Pour l'Inde perd sa guerre contre la faim ?

- le rapport d'ONG européennes Accord de libre-échange entre l'UE et l'Inde: menaces sur le droit à l'alimentation

- le blog de Magali Audion Rexistante en Inde

30/05/13
Paysan © Neil Palmer
Les pays l’UE et les Etats-Unis ont récemment voté contre une proposition présentée au Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies en faveur d’une déclaration sur les droits des paysans. Pour comprendre cette position et inciter la France à adopter une position constructive qui ne retarde pas l’adoption de la déclaration, le CFSI (mandaté par Coordination Sud) et la Confédération paysanne ont rencontré des membres des cabinets du ministre des Affaires étrangères et du ministre délégué chargé du développement.

 

« Nous avons constaté une certaine ouverture de la part du Ministère du développement, rapporte Pascal Erard, responsable plaidoyer au CFSI,  « Quant au Ministère des affaires étrangères, très réservé, il a justifié son opposition au projet au nom du principe d’universalité des droits de l’homme. » En d’autres termes : les droits de l’homme sont fondés sur des valeurs communes inhérentes tout être humain, y compris les paysans. Consacrer des droits spécifiques aux paysans irait à l’encontre de ce principe d’universalité. Par le passé, la France a pourtant soutenu voire même impulsé la rédaction de documents similaires concernant des catégories particulières de la population. Comme les enfants, les femmes ou les travailleurs salariés, pour ne citer que quelques exemples. Dans tous les cas, il s’agit de catégories regroupant une très grande partie de la population mondiale. N’est-ce pas le cas des paysans ? Selon la FAO, les agriculteurs représentent près de 40 % de la population mondiale et l’agriculture est le premier pourvoyeur d’emplois. Dans les pays les plus pauvres, plus de 80 % des habitants sont des ruraux, exerçant pour la plupart une activité agricole. C’est le cas au Mali ou au Niger, par exemple.

 

Si l’importance démographique des paysans ne fait aucun doute, peut-être n’ont-ils pas de droits spécifiques à défendre ? Et bien si… 80 % des personnes victimes de la faim sont des ruraux, essentiellement des paysans. Après avoir étudié plus de 100 cas de violation du droit à l’alimentation entre 1995 et 2005, FIAN est parvenu à la conclusion qu’ils étaient le plus souvent liés à l’expulsion forcée de petits paysans de leurs terres. Or le droit de l’homme à la terre n’est pas reconnu. C’est également le cas du droit aux semences, par exemple.

 

L’adoption de la déclaration des droits des paysans permettrait non seulement de reconnaître de nouveaux droits, mais aussi de mieux faire connaître et promouvoir les droits existants. Le groupe de travail du Conseil des droits de l’homme chargé de rédiger la déclaration se réunira à Genève en juillet. « Suite aux entretiens que nous avons eus aux ministères des Affaires étrangères et du Développement, nous espérons que la France jouera un rôle plus positif pour renforcer les droits des paysans », conclut Pascal Erard.

Pour en savoir plus : http://www.righttofood.org/work-of-jean-ziegler-at-the-un/the-rights-of-peasants/

A lire aussi la brève de mars 2012 : Vers un droit international des paysans ?

24/05/13
Sai Ramakrishna Karuturi

Le film "Planète à vendre" (documentaire-enquête sur les accaparements de terres réalisé sur 3 continents, diffusé dans 18 pays, primé au FIGRA et sélection du festival ALIMENTERRE 2012) racontait l'étonnante ascension de l'industriel indien Ram Karuturi, parti en Afrique de l'Est pour se hisser pratiquement au premier rang des producteurs mondiaux de roses (1 rose sur 9 vendues en Europe vient d'une ferme Karuturi). Il vient condamné pour fraude fiscale à hauteur de 8 millions d'euros par le Kenya.

En 2010, Ram Karuturi emploie 6 500 personnes dans ses serres pour produire 1,5 million de roses par jour et il vient d'acquérir 300 000 hectares supplémentaires pour y faire du maïs, de l'huile de palme et du riz. "Rien dans notre contrat ne nous impose de créer des emplois ou de construire des écoles et hôpitaux", témoignait-il alors, "mais on le fait quand même". 

 Ambition : "Produire 10 % du riz mondial" et "créer l'histoire"

Ram Karuturi déclare pouvoir "produire 3 millions de tonnes de riz, 10 % du marché mondial" et ambitionne de "créer l'histoire". Ce que montre le film, c'est que les petits producteurs et éleveurs n'ont plus l'accès à l'eau ni aux pâturages pour les bêtes. L'administration a bien mis en place un service de "réclamation", mais aucune plainte n'a été déposée. 

Karuturi déclaré coupable de fraude par les autorités kenyanes pour 8 millions d'euros en 2012

Dans le cadre d'un plus vaste ensemble de litiges fiscaux avec les autorités gouvernementales s'élevant au quart du chiffre d'affaires 2012 de la société, l'administration fiscale du Kenya a jugé, fin 2012, la multinationale Karuturu Global Ltd, coupable de manipulation des prix de transfert pour échapper à l'impôt sur le revenu des sociétés à hauteur de près 8 millions d'euros au détriment du gouvernement. 

« Les entreprises comme Karuturi saignent l'Afrique à blanc », déclare le Dr Attiya Waris, maître de conférences en droit fiscal à l'Université de Nairobi et vice-président du réseau pour la justice fiscale. « La manipulation des prix de transfert prive les travailleurs kenyans et les citoyens de l'accès à une bonne éducation, aux soins de santé, aux services de transport et à un environnement propre, que notre gouvernement ne peut fournir que par des recettes appropriées. » Il estime que la fuite des capitaux en raison de la fraude fiscale coûte aux pays en développement environ 1 000 milliards de dollars par an.

Le 4 Avril 2013, Karuturi a fait appel de la décision.

 

Sources : GrainIndUS Business JournalL'Express

Pour en savoir plus :

Karuturu, une litanie de problèmes (FarmLangGrab)

Ethiopie : les déplacements forcés provoquent la faim et la détresse (Human Rights Watch)

Karuturi debacle prompts Ethiopia to review land policy (The Hindu)