Pourquoi des famines en 2017 ?
7 avril

Le spectre de la famine est de retour en force dans nos médias. Une nouvelle crise a lieu au Nigéria, en Somalie, au Sud Soudan et au Yémen avec, d’après l’ONU, plus de 20 millions de personnes touchées. Plusieurs experts soulignent les défauts de communication de l’ONU. Avec ce chiffre impressionnant, des niveaux de sous-alimentation très différents sont amalgamés. Plus grave, il n’est pas dit clairement que les situations extrêmes de famine sont presque toujours le fruit de décisions humaines et qu’elles sont donc évitables.

20 millions de victimes : choc ou découragement ?

Selon Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières (MSF), le chiffre de 20 millions de personnes, destiné à frapper les esprits, recouvre des réalités très différentes. Certaines personnes sont en train de mourir dans de terribles souffrances tandis que des millions d’autres sont dans des situations à risque. Amalgamer toutes les situations peut décrédibiliser le message autant que provoquer un certain découragement dans l’opinion publique. Alors que les personnes qui meurent de faim sont le plus souvent victimes de gouvernements qui les prennent en otage et sur lesquels les grandes puissances peuvent faire pression.

Pour Peter Hailey, expert des crises alimentaires et directeur d’un think tank à Nairobi, « les famines [d’aujourd’hui] ne sont pas causées par le climat ou la sécheresse. Elles sont à cent pour cent d’origine humaine. Les famines ne sont pas dues à l’absence de nourriture, mais aux difficultés d’accès pour les populations à celle-ci à cause de décisions ou d’inaction politiques. »

Partie émergée de l’iceberg

Materne Maetz, ancien responsable de la FAO, rappelle que la crise relayée dans les médias n’est que la partie visible de le faim. 800 millions de personnes sont en situation de sous-alimentation chronique dans le monde et 3 millions d’enfants en meurent chaque année.

Les principales causes de la faim sont la longue période d’abandon de l’agriculture dans les pays en développement jusqu’en 2008, une baisse de l’aide au développement agricole au profit de l’aide d’urgence, les changements climatiques, des règles du commerce mondial qui favorise les économies du Nord et une priorité accordée à l’augmentation de la production.

C’est la pauvreté qui tue

Or, comme le rappelle Sophie Langlois, correspondante Afrique de Radio Canada, c’est la pauvreté qui tue et non l’absence de nourriture.

« J’ai vu des femmes déterrer à mains nues des racines qu’elles allaient faire bouillir pendant des heures pour nourrir leurs enfants, qui développeront possiblement une diarrhée mortelle de cette soupe douteuse. Alors qu’en ville, à quelques kilomètres de là, les épiceries regorgeaient de nourriture.

Si les enfants meurent de faim, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de denrées dans leur région, c’est que les mamans n’ont pas un cent pour les acheter. » 

Aujourd’hui, le défi de la production est relevé, il faut accepter que d’autres défis se posent à nous, en particulier celui la question de la démocratie alimentaire, pour que l’accès à l’alimentation soit garanti partout et pour tous.

 

Sources : LeMonde.fr, Lafaimexpliquee.org, Radio Canada

 

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