Pourquoi est-il de plus en plus difficile de conclure des accords de libre-échange?
7 novembre

CETA, TAFTA, APE, autant d’accords de libre échange qui arrivent à mobiliser de plus en plus d’opposition contre eux. Doit-on s’étonner de cette tendance ?

Un processus de libéralisation déjà bien avancé

Le libre-échangisme a dominé les politiques commerciales pendant des décennies avec les accords du GATT, de l’OMC, puis toute une série d’accords bilatéraux et régionaux du fait du blocage de l’OMC. Il se fonde essentiellement sur la théorie des avantages comparatifs développée au début du XIXe siècle par l’économiste britannique Ricardo qui stipule que le libre-échange offre des avantages du fait de la spécialisation des économies. Il s’agit d’un principe purement économique dans un objectif de croissance correspondant à une économie de pénurie et de misère telle que celle de la Grande-Bretagne de l’époque.

Un modèle intenable

Mais, au XXIe siècle, la perspective a changé radicalement : depuis le Sommet de la terre organisé de 1992 à Rio et l’avènement du concept de Développement Durable, nos sociétés ont pris conscience que la croissance économique per se n’est plus tenable et qu’il faut appréhender le développement sous tous ses aspects (social, environnemental, politique, culturel). La conséquence est qu’il est tout à fait insuffisant d’évaluer les politiques à leur seul impact sur la croissance.

Quand on échange des produits, on échange également des normes techniques, sociales, environnementales et culturelles comme l’exprime le schéma ci-contre. Ainsi, par exemple, dans le cas du CETA, il est probable que l’augmentation des importations par l’UE de viande bovine en provenance du Canada se traduira par le développement d’une production de viande bovine plus industrialisée (pour concurrencer la viande canadienne) ce qui modifiera la qualité de la viande disponible sur le marché européen.

Brader son mode de vie ?

S’engager dans un accord commercial en ne regardant que l’aspect économique financier revient à brader ces autres dimensions de l’échange et, en fait, tout un mode de vie, contre des avantages sonnant et trébuchant dont la majorité de la population ne voit jamais la couleur.

Les citoyens sont de plus en plus sensibles aux questions environnementales (émission de gaz à effet de serre dont presque tout le monde a compris l’importance), de santé (résidus chimiques dans l’alimentation, OGM, etc.), de protection sociale, de politique (la question des tribunaux d’arbitrage privés) et même de philosophie (principe de précaution inscrit dans la Constitution française ou principe scientifique classique adopté outre-Atlantique où l’on s’en tient à ce qui est démontré scientifiquement).

Consulter les populations

On voit donc mal comment engager d’autres accords commerciaux en occultant tous ces aspects, sans augmenter la transparence des négociations et sans mesurer réellement l’impact qu’ils pourraient avoir sur chacune des dimensions qu’ils affectent. Sinon, on risque de voir, dans l’espoir d’un gain économique minime, une augmentation de la résistance à ces accords qui pourrait être récupérée par des partis extrémistes.

 

Source : D’après un article de Materne Maetz publié sur Lafaimexpliquee.org

 

Creuser le sujet :

- Vidéo, Le Traité Transatlantique selon l'humoriste belge Abdel en vrai

- Synthèse, L’accord de partenariat transatlantique : un sujet à surveiller de près

- Information, Le libre-échange ne nourrira pas le monde

- Information, Accords de partenariat économique : la souveraineté alimentaire du Sud menacée

- Témoignage, Afrique de l'Ouest : " Si on ne protège pas nos économies ne serait-ce qu'un temps, jamais nous n'émergerons "