Agriculture africaine : priorité des gouvernements ou des investisseurs privés ?
28 mars

Dix ans après la Déclaration de Maputo dans laquelle les Etats africains s’engageaient à allouer au moins 10 % de leur budget au développement agricole et quatre ans après la promesse du G8 d’y consacrer 22 milliards de dollars sur 3 ans, quelle est la situation agricole et alimentaire en Afrique ?

ONE, une coalition d’organisations de la société civile luttant contre la pauvreté et créée à l’initiative de Bono et Bob Geldof en 2000, tente d’apporter une réponse polie à cette question avec le rapport A Growing Opportunity: Measuring Investments in African Agriculture.

Les constats de ONE peuvent se résumer en quelques points essentiels :

  • l’agriculture africaine a fait l’objet de centaines de conférences et de réunions produisant des masses de documents, dont les plus opérationnels sont les plans nationaux agricoles (PNA) formulés dans près de 25 pays. Mais les processus de formulation des PNA sont souvent peu participatifs et seuls quelques-uns de ces plans sont réellement opérationnels ;
  • seuls 4 des 19 pays analysés ont alloué au moins 10 % de leur budget à l’agriculture (Ethiopie, Niger, Malawi et Cap Vert) alors que d’autres (Nigeria, Liberia, Ghana) consacraient moins de 2 % de leur budget à ce secteur qui fait pourtant vivre la majorité des africains ;
  • les pays membres du G8 n’ont déboursé que 11 milliards de dollars sur les 22 promis, et très peu en plus des fonds d’aide habituels.

En dépit de tout cela, l’agriculture a connu une croissance notable dans la plupart des pays étudiés (6 % par an entre 2008 et 2010 dans 13 des pays étudiés). Le rapport ne fournit pas d’explication claire de ce paradoxe et l’on peut s’étonner que les auteurs aient omis :

- de parler de l’investissement privé et en donnant l’impression que ce sont les ressources publiques (budget national et aide internationale) qui sont la principale source de l’investissement agricole. Or les 3/4 des investissements agricoles sont privés, effectués tant par les paysans eux-mêmes que par des entreprises privées, et que l’Afrique a été la région la plus concernée par le phénomène d’accaparement des terres ;

- d’expliquer que l’augmentation des prix agricoles observée depuis 2005 a contribué à rendre l’agriculture de plus en plus rentable et susceptible d’attirer des masses énormes de capitaux financiers ;

- d’aborder le rôle capital des politiques agricoles pour créer un environnement propice à l’investissement agricole. De ce point de vue, les résultats des analyses menées par la FAO dans le cadre de son projet «Suivi des politiques agricoles et alimentaires en Afrique» (SPAAA) montrent que les politiques en place tendent encore à pénaliser l’agriculture en ne donnant pas de véritables incitations aux producteurs, bien au contraire.

Source : d'après une Brève de Materne Maetz publiée sur la faim expliquée

Photo: Patates douces, Tanzanie, © Morgana Wingard